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Vignettes mémorielles

Gérard Genette

14 Décembre 2015 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Littérature, #Langage et Linguistique, #Histoire

« Petit mammifère (carnivore) à la robe tachetée, à la longue queue rayée ». Sans lui je n'aurais pas eu l'idée de ce répertoire finalement appelé Vignettes quand j'ai voulu y ajouter des « illustrations ». De Bardadrac à Codicille en passant par Apostille, Gérard Genette dans cette veine s'est un peu trop répété mais je l'ai dévoré, car à l'âge de sa retraite le linguiste cultivé n'est jamais loin et rarement ennuyeux et l'égotiste sceptique qui règle ses comptes à lui-même, à sa propre génération et ses monstrueuses impasses, me parle comme aucun autre. Visiting professor amoureux de ses élèves mais finalement fidèle, il y a du Michel Serres, du Régis Debray et même du Georges Pérec dans cet universitaire normalien fier de ses origines modestes, parti à temps et un temps aux Etats-Unis mais laïcard et amoureux de Montaigne et Stendhal. Dictionnaire amoureux de soi, mais aussi modestie et autodérision. Dans Epilogue, dernier (sinon « après-dernier ») avatar de sa série « bardadraque », c'est encore de moi qu'il s'agit et on y retrouve nombre d'interrogations identiques, sur la musique, la mémoire, les mots et les lettres, l'échec (difficile à avouer) des générations, la féminitude et la fidélité, la tentation d'un quotidien qui se récuse, mais aussi des jeux de mots faciles pour public bobo (du genre Tristan et Mélisande, voire Truite meunière de Schubert !) et l'utilisation non complexée de la citation. J'apprécie sa méditation sur les rythmes de l'introspection, sa mémoire optimiste (forcée à tort à cause d'une mort soi-disant prochaine), cette façon (quoique affectée) de vivre sa propre vie « en léger différé », cet éloge de la nonchalance et de la sérendipité, avec l'épanchement à la Nerval du songe dans la vie réelle, puisqu'il n'y a « aucune nécessité à l'autobiographie et d'ailleurs à peine matière ». J'aime l'histoire de sa 4CV parce que je ne dois pas être le seul à avoir connu la même ou ses considérations interminables et auto-caricaturales sur le point virgule dans l'Education sentimentale (qui me rappelle un épisode estudiantin personnel sur la virgule). Je m'attendais même (page 95) à le voir citer Montaigne dans l'affaire de mon calcul ! Certes l'autodérison se fait moins modeste et il faudra s'en méfier, certes le jargon devient un peu envahissant, et il n'est pas nécessaire de réagir comme tous les vieux à ce qu'on a « entendu à la radio », ni de raconter (mal) ses rêves ou ses femmes ou de citer ses premiers poèmes. Et il n'est pas vrai que son rapport à la gauchitude « n'entraîne plus chez [lui] aucune conséquence affective et moins encore effective ». Au demeurant son analyse du capitalisme (la pire des chose à l'exception de...) est bien courte. Mais ma dette à son égard est incontestable.

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