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Vignettes mémorielles

Jaurès ou Péguy ?

22 Décembre 2015 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Histoire, #Politique, #Littérature, #Media, #philosophie-religion

Il n'y a pas si longtemps, le dimanche matin, sur France-Culture, je ne supportais pas l'émission catholique, la messe, toujours la messe. Il m'arrivait d'attraper au vol quelque sermon censé de l'émission protestante comme un écho (eh oui!) de Bossuet ou Massillon. Mais j'adorais (je la revendiquais même comme émission fétiche) celle de l'irremplaçable Georges Malka, qui n'aura pas été pour peu dans une certaine fascination pour la culture juive. Et parfois, à l'heure du petit café noir censé mettre un terme au long thé du petit-déjeuner, puisqu'en ce jour du Seigneur pas de courrier et, comme disait Proust, «de blanchisseuse un dimanche il ne fallait pas penser qu'il en vînt », je ne coupais pas la radio, en attendant sur France-Inter l'émission culte de Jean-Claude Ameisen, pour la séquence « Divers aspects de la pensée contemporaine ». Mais cette fois, en ce juillet du centenaire de la guerre 14, c'en est trop.

Ce jour-là le chargé de mission de l'Union rationaliste se déchaîne sur le thème de « Jaurès assassiné deux fois », non pas comme on pourrait s'y attendre pour restaurer une objectivité historique mise à mal autant par la vulgate socialiste que par les enragés des deux bords de l'extrême droite ou gauche, mais sous forme d'invectives contre...Péguy. C'est vrai que le socialiste, libertaire et dreyfusard Péguy, rattrapé comme tant d'autres « patriotes » par le sentiment national, n'a pas su ou pas pu rester « au-dessus de la mêlée » et qu'il a dans ce fatras que sont les Cahiers de la Quinzaine, fidèle à son tempérament polémiste et à son hostilité au parti des intellectuels, écrit en 1914, quelques mois avant de mourir au front, des insanités dont l'excès à tous égard condamnable pouvait passer pour des appels au meurtre. On sait hélas que même le meurtrier de Jaurès ne fut pas condamné. Mais qu'on dise au moins que c'est dans un texte qui est par ailleurs d'une modernité incroyable, l'Argent, où l'on trouve une des analyses prémonitoires les plus perspicaces des excès du capitalisme financier. Je ne cherche pas à défendre Péguy le « mécontemporain », dont le style malgré de riches et fréquentes fulgurances m'énerve de délayage et dont je ne comprends pas du tout le « retour »(?) au catholicisme, mais ces citations hors du contexte et le ton sont inexcusables. C'est toute la différence avec un Georges Malka, sans doute même avec le Grand Orient. Même l'intonation du point d'interrogation sur « le poète Péguy, poète ? » ne passait pas. Pour autant, Jaurès ou Péguy (celui de Romain Rolland) ? Ces différences de trajectoires continuent de nous interpeller.

Voir Repères bio[I]

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