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Vignettes mémorielles

Gaumnitz, L'Exil à Sedan

15 Décembre 2015 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Histoire, #Beaux-Arts, #Ardennes-Touraine

Un soir d'hiver, inspiré par le Paris d'un Patrick Modiano récemment nobélisé, j'avais arpenté les rues du Quinzième pour repérer comme lui un certain hôtel de ma mémoire et trouver l'Impasse Dantzig. Là, j'ai forcé la porte de La Ruche (la même que celle de Brancusi ou Modigliani) et réussi à monter au dernier étage jusqu'à l'atelier de Michaël Gaumnitz dont j'avais retrouvé l'adresse. Car j'avais été frappé il y a une dizaine d'année par L'Exil à Sedan, film de lui sur son propre père, insaisissable et brutal, curieusement réfugié dans ma ville natale, où Michaël, sans presque rien savoir de son passé, avait vécu une jeunesse brisée, habitant non loin de chez nous avec sa mère et ses frères et sœurs, qui apparaissent dans le film et vivent toujours en Allemagne. J'avais fantasmé sur la présence cachée de mon propre père, jouant au billard ou sirotant son énième demi de bière chez Passe, le café bien connu des Sedanais où Michaël avait interviewé des usagers (quelles trognes !), supporters de la fameuse équipe de football locale, auxquels son père avait pu confier des éléments de son atroce passé de peintre, prisonnier de droit commun enrôlé au service des Sonderkommandos et brisé dans son génie artistique par des tâches innommables. L'illustration ci-jointe est tirée du film. Il n'y était pas et je n'ai pu que glisser un petit mot avec mon numéro de portable au cas où un contact ne lui paraîtrait pas impossible. M'entretenir avec cet ancien condisciple du collège Turenne avec qui j'avais pu jouer dans les souterrains du château et qui avait tout autant ignoré que moi de la guerre paternelle mais en avait infiniment plus souffert, avant de lui régler son compte, -courage de l'enquête, revanche de l'immigré et privilège de l'artiste-, ne lui apporterait rien, et peut-être à moi pas grand chose. Mais il m'a rappelé et la rencontre a eu lieu, ce fut pour moi très émouvant, malgré les circonstances (le lendemain de la tragédie chez Charlie). Du coup la discussion s'éloigna vite de la Meuse et de Sedan. On fit même un tour à Vienne, capitale n'ayant pas vraiment réglé ses comptes avec le nazisme, sur laquelle il devait sortir un document sur Arte. Je ne connais pas son art, essentiellement cinématographique (Il semble que suite à ce trauma il ne puisse peindre que par ordinateur), mais ce monsieur est un grand bonhomme et son destin est fascinant.

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