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Vignettes mémorielles

Thomas Bernhard

18 Décembre 2015 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Littérature, #Beaux-Arts

Thomas Bernhard est un des écrivains dont je me sens très proche, ou plutôt qui me parle beaucoup. Je n'ai pas envie de connaître sa poésie mais j'ai lu (C'est une sorte d'exploit) plusieurs de ses romans et le fréquente au théâtre. Son style ironique, obsessionnel et contagieux, qui a peut-être même eu de l'influence sur le mien propre, n'est pas facile et peut exaspérer. Il faut « rentrer dedans », un peu comme pour la musique de Philip Glass ou les variations Goldberg par Glenn Gould. Ce dernier est d'ailleurs une des figures « externes » (Voir Le Naufragé) de cet écrivain génial qui aurait, parait-il, croisé le musicien à Vienne et qui se déclenche toujours par sa propre histoire. Bernhard n'arrête pas de régler ses comptes avec sa famille (le père menuisier qui ne l'a pas reconnu, les sœurs, la grand-mère, le domaine forestier...) et avec son pays, l'Autriche, un amour-haine qui est d'ailleurs, significativement, le fait de la plupart des auteurs autrichiens. Mais ce qui est extraordinaire c'est que le style correspond exactement à ce qu'il a à exprimer et que ce qu'il exprime est d'une modernité incroyable : Comme Montaigne (avec en plus une désolation à la Kafka ou à la Cioran) il dit tout ce qu'il y a à dire sur le corps (la médecine), la folie, la mort, la musique, la nature, sans cacher son propre caractère, monstrueux, égoïste, sa haine des cultureux et des intendants, son obscène détestation des hommes, sa vision absolument apocalyptique et suicidaire. En fait ce style est oral et c'est pourquoi les transpositions au théâtre peuvent être l'occasion d'événements inoubliables, comme il n'y a pas si longtemps (avant qu'il ne fasse l'événement d'Avignon en 2015 avec celle d'Extinction) la mise en scène de Perturbation par le polonais Kristian Lupa, où peu importe (malgré l'exaspération du public) que certains propos soient parfois inaudibles, puisqu'il y a toujours une sorte de mélopée chez Bernhard, comme dans un opéra baroque ou d'Alban Berg. A la fin de sa vie il était encore plus désespéré ou plutôt désespérant et la prestation du vieux Michel Piccoli dans Minetti rêvant d'avoir joué le roi Lear (mais Serge Merlin, que j'ai revu récemment dans Le Réformateur par André Engel, était encore plus génial, et bien mieux que Michel Bouquet, dans le même rôle) reste pour moi un de mes plus grands souvenirs au théâtre.
Voir Repères bio[F-H-I]

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