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Vignettes mémorielles

Garcia Marquez

14 Janvier 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Littérature, #Voyages-Géographie

A l'époque de Bogotá c'est vraiment le réalisme magique que nous avons découvert et survécu (comme on surjoue une partition ou un rôle) avec Cent ans de solitude, parce qu'on avait vraiment l'impression de toucher du nez et de toute notre future nostalgie colombienne à la fois les gueules édentées d'atmosphère et les forces vitales et sans illusion d'el pueblo sudaméricain voué à la fatalité. Ensuite j'ai plutôt été déçu par les romans « politiques » mais je reste épaté par une écriture qui est peut-être finalement celle d'un journaliste local surdoué devenu écrivain. Par exemple je ne connais pas (à part le fameux « Longtemps je me suis couché de bonne heure ») d'incipit aussi génial que celui de Chronique d'une mort annoncée : « El día en que lo iban a matar, Santiago Nasar se levantó a las 5.30 de la mañana para esperar el buque en que llegaba el obispo ». La première page est complètement typique du style marquésien et contient à la fois tout le scénario et la matière de cet embrasement temporel qui fait justement fi de toute temporalité, la matière de ces rêves des autres qui sont aussi les nôtres, les petits détails significatifs (pormenores), la torpeur colombienne, la poussière, les bus déglingandés, cette forme particulière d'humour indien et ce rapport antique à la mort qui fait qu'on peut se battre sincèrement à coup de machette pour un simple jouet ou un véritable enjeu de pouvoir. Le film de Rosi, pour être magnifique, ne pouvait évidemment pas y faire écho, car le roman vaut aussi par sa structure journalistique et policière. Cela dit, ce sont bien chez Marquez les formes pas trop longues (surtout quand je me force à le lire en espagnol !) que je préfère. Voir Repères bio[C]

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