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Vignettes mémorielles

L'Eté grec

9 Janvier 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Voyages-Géographie, #Histoire

Ce livre gardera pour moi jusqu'à la fin une importance et une signification particulières. J'en ai eu la révélation en 76, à l'époque de ma fugue européenne (qui s'arrêta à Dubrovnik !) et ce fut comme une explication du périple que, tout jeune étudiant, j'avais fait solitaire au départ de Münich, en train (bourré, je me souviens, de Polonais émigrant vers le sud), en stop ou en bateau, muni seulement d'un billet de retour avion offert par mon père. La vignette précédente a déjà évoqué ce voyage initiatique dont je garde des souvenirs inoubliables et pas du tout touristiques : Epidaure en sandales donc, Delphes où je m'étais laissé enfermé (comme une autre fois bien plus tard au Musée du Caire) avec mes Tragiques en Budé (tel mon père revenant en grande partie à pied de son offlag de Silésie avec sa mythologie antique), l'odysséenne traversée nocturne à la proue vers la Crète, la nuit passée sur l'île avec le pâtre après avoir loupé le dernier et brinquebalant autobus, autant de clichés personnels qui ont marqué ma sensibilité.
Mais ce n'est qu'avec Lacarrière que j'ai compris, malgré ma formation ce qu'était la Grèce, où j'espère retourner encore, d'autant que la souffrance actuelle de ce peuple m'interpelle d'une manière nouvelle. Elle n'est plus seulement classique (monumentale) ou critique (celle issue de la Renaissance) ou archaïque (Homère, Pindare), comme je le pensais à l'époque. Et je n'ai pas non plus deuil ou nostalgie de la Grèce d'avant la mort des dieux, à la façon de Ricoeur lisant le Nietzsche des Considérations intempestives. Ma Grèce à moi est peut-être restée mythique et même mythologique ; en tout cas, presque trop byzantine désormais, elle est autre par rapport à mes racines, et complètement méditerranéenne. Avec en plus l'illusion ambiguë (comme bêtement je l'ai eue plus tard aussi pour le vietnamien !) de pouvoir, au moins à l'écrit, comprendre le grec (moderne). Du coup je suis devenu capable d'aimer quelques poètes (surtout Ritsos), cinéastes et musiciens grecs. Comme Vernant, ainsi que (pour le monde romain et le christianisme) Veyne et quelques autres (y compris ce bon vieux Braudel), Lacarrière est de ceux qui ont vraiment rendu un peu plus nomade ma culture et, pour le dire comme lui, ventées nues mes îles.
Voir Repères bio[B]

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