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Vignettes mémorielles

Le mauvais vitrier

22 Janvier 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Littérature, #Education

Il n'est pas nécessaire d'avoir lu Dans la Gueule du Loup, ni d'avoir entendu (ce jour) sur France Culture la professeure Hélène Merlin-Kajman parler de son livre avec un prof de classe-prépa, ni d'avoir été soi-même prof de lettres pour réagir à la question posée sur l'enseignement de la littérature, l'accès à la poésie, le partage du beau....Certes on peut se rebiffer contre l'entre soi des jargons de l'Université, de l'édition, des antennes et des publications pour happy few, que je suis pourtant parmi les premiers à apprécier. Mais la problématique qu'elle aborde est intéressante et devrait tarauder tout enseignant, pas seulement de lettres, et même tout « communicant ». Ce qui suppose en effet une réflexion et d'ordre pédagogique et d'ordre philosophique. Les considérations de l'auteure (et les différentes lectures qui en sont faites dans les recensions), tant sur la transmission et la réception des contes (On n'en finit jamais avec Bruno Bettelheim et notre grand méchant loup !) que sur la notion même de poésie, montrent bien l'évolution des mentalités et de la culture des auditoires.
Pour avoir essayé à une autre époque diverses méthodes pour un public d'élèves puis d'étudiants non francophones (La Fraîcheur sauvage des citrons verts), ce qui avait au moins le mérite d'exiger de la simplicité et de l'empathie, je suis assez d'accord avec l'auteur pour parier sur la beauté,« accès de bonheur qui peut se propager parmi nous comme un don, d’intimité à intimité ». Mais, de façon plus approfondie, cela donne aussi envie de lire ses ouvrages antérieurs, en particulier sur langue, pouvoir, enseignement et la question du classicisme (La langue est-elle fasciste ? se demandait Barthes). Ceci dit, je comprends que notre auteure ait choisi comme exemple (pour un enfant de douze ans ou pour des étudiants de master ?) Le Mauvais Vitrier de Baudelaire, puisqu'il s'agissait, comme on dit maintenant, de déconstruire et que celui-ci ne s'en prive pas, n'hésitant pas à « briser sous son dos [celui du vitrier] toute sa pauvre fortune ambulatoire qui rendit le bruit éclatant d’un palais de cristal crevé par la foudre ». Et le poète d'ajouter « Et, ivre de ma folie, je lui criai furieusement : « La vie en beau ! la vie en beau ! », puis, il est vrai, de conclure : « Ces plaisanteries nerveuses ne sont pas sans péril, et on peut souvent les payer cher. Mais qu’importe l’éternité de la damnation à qui a trouvé dans une seconde l’infini de la jouissance ? » Pour ma part j'avais préféré la simplicité absolue et, après ou sans explication du professeur, la créativité infinie pour le lecteur du Vitrier de Mallarmé :

« Le pur soleil qui remise /Trop d'éclat pour l'y trier / Ote ébloui sa chemise /Sur le dos du vitrier ». Point barre !
Voir Repères bio[C]

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