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Vignettes mémorielles

Stabat Mater

22 Janvier 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #philosophie-religion, #Musique, #Beaux-Arts

A cause de Pergolèse, ou même de Vivaldi ou Poulenc, mais surtout parce que le texte, prodigieux latin d'Eglise aux échos de moyen-âge et de peinture baroque, est vraiment extraordinaire : Stabat Mater dolorosa / Juxta crucem lacrimosa / dum pendebat Filius. Ah ! Ce Dum pendebat filius ! Je n'ai jamais eu à connaître une telle tragédie, dont pourtant tous nos media sont remplis de nos jours, puisque l'on continue à pendre et à torturer, et que nul ne peut prétendre désormais ne jamais voir cela demain en réalité. C'est peut-être finalement la raison pour laquelle je ne crois rien, depuis Christus, de toutes les calembredaines religieuses auxquelles tant sacrifient toujours et dont nous fûmes de naissance et d'éducation. Il est clair que toute religion secrète de la violence, parce que, comme la langue, c'est une question de pouvoir. Il faut donc à titre individuel en sortir, et du point de vue collectif régler le problème du rapport avec le politique, ce qui évidemment, on ne le sait que trop maintenant, est dans tous les cas plus facile à dire qu'à faire. Ceci dit j'ai une vraie tolérance et même un vrai respect d'abord pour certains esprits religieux (particulièrement les dépouillés monachaux) et pour certains actifs engagés dans diverses formes de résistance ou de militantisme social, mais également parce qu'on ne peut s'empêcher de penser que toutes ces mises en scène ont du sens, puisqu'elles ont, jusque dans le malheur, généré autant d'amour, d'art et de beauté, qu'elles se fondent sur de véritables croyances, des chimères consolatrices ou, dans l'absolue nécessité, des alliances de circonstances ou de survie. Et que du Stabat Mater, je pourrais presque dire la même chose du Dies irae, du Salve Regina et même du Tantum ergo (génial aussi le genitori genitoque laus et jubilatio de notre enfance de choeur). Et si j'avais été d'une autre religion ou d'une autre culture, il en serait sans doute de même, pour autant qu'elles autorisent au final l'imaginaire et la liberté. Cela dit, pour en revenir à mon choc initial, qu'est-ce qui compte le plus (puisque ce n'est pas le sens) : la beauté du texte ou celle de la musique ? A suivre la transcription par Bach du Stabat de Pergolèse, d'où évidemment la vierge et la mère ont disparu, on donnera la primauté à la musique, mais le texte du psaume 51 qu'il y substitue est loin d'avoir pour moi le même écho. Quelle est alors la part d'une simple émotion, théâtrale ou musicale, comme celle par exemple qui vous étreint autant (ou moins ?) chez Bernanos que chez Poulenc à la fin des Carmélites ? Je l'ignore, c'est une question de culture inconsciente ou de contexte immédiat, mais la musique est incontestable, même dans le cas, trop fréquent, de récupération post mortem !
Voir Repères bio[A]

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