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Vignettes mémorielles

L'argent

1 Février 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Politique

Nous avons presque tous, c'est une fatalité, un rapport à l'argent qui est ambigu. J'admire beaucoup ceux qui sont plus au clair dans leur attitude en la matière, particulièrement dans leur rythme, leurs relations ou leur consommation, sans chercher forcément à le conceptualiser. Pour ma part, bien qu'ayant eu des responsabilités de gestion et ayant gardé assez d'intérêt pour « l'économie » (Je me suis vraiment tapé sans réticence tout le Piketty et pas seulement parce qu'il était à la mode), c'est curieusement, plus que dans la littérature engagée ou le militantisme de ma génération, et probablement par hasard, dans l'Argent de...Péguy que j'ai fini par trouver, malgré de nombreuses scories qui en sont comme le terreau, l'expression de l'essentiel de ce que je crois, qui n'est finalement qu'un rejet un peu modernisé du capitalisme financier au nom d'une certaine « éthique », n'ayant heureusement rien de religieux. On peut se passer par pragmatisme ou scepticisme de tout fondement théorique, agir avec optimisme et sans illusion dans la proximité ou dans l'horizontalité des réseaux, militer même pour certaines réformes économiques ou sociales potentiellement décisives (du type revenu de base inconditionnel], incontestablement la meilleure piste), essayer d'être résolument hostile à toute capitalisation ou sensation patrimoniale (En fait c'est ça le vrai problème), voter (?) pour un impôt fortement progressif tant sur le revenu que sur le capital, redouter ou souhaiter même l'apocalypse écologique, reste qu'on sera toujours taraudé par la recherche sinon d'un idéal du moins d'une cohérence, seule manière de combattre jusqu'en soi-même l'ambiguïté du rapport à l'argent. Les philosophes actuels, sans parler des politiques, me paraissent pour l'instant bien impuissants, car la commun decency, elle aussi à la mode, en quoi croyait finalement déjà ce Péguy-là, me semble facilement « récupérée » par des penseurs terriblement conservateurs. Comment rejeter le capitalisme sans rejeter une certaine tradition, une certaine culture et quid de la mondialisation ? Comment mettre en cause le progrès lui-même sans sombrer dans la nostalgie ? Peut-être malgré tout en ayant confiance en un certain sens commun de la solidarité. « On ne saura jamais jusqu'où allait la décence et la justesse d'âme de ce peuple[...]mais maintenant tout le monde est bourgeois », disait, non sans ambiguité lui-même ni déception, l'auteur des Cahiers. C'est encore pire maintenant, où tout le monde est paumé, accroché à sa petite individualité, classique à la Marc-Aurèle, ou dérisoirement post-moderne. Mais le pire n'est jamais sûr et c'est Gramsci qui citait, non pas Péguy mais Rolland, ce qui revient au même : Pessimisme de l'intelligence, optimisme de la volonté !
Voir Repères bio[I]

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