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Vignettes mémorielles

Mai 68

14 Février 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Politique, #Histoire

Dans le genre témoignage corroborant, et en attendant mai 81, je voudrais rétrospectivement faire part de mon expérience de mai 68. Mai ne fut pas pour moi tout-à-fait dans mai, il n'en a pas moins pris une dimension mythique personnelle mais certainement pas unique : Je n'arrive pas à me souvenir à quel moment exactement, entre le 22 mars (mouvement des enragés de Nanterre) et le 3 mai (début des événements après la fermeture de l'université), alors que je travaillais en province à un diplôme qui n'en finirait jamais, l'appel a retenti pour moi, probablement à la radio. L'intuition fut telle que j'ai, incontinent et dans un grand et juvénile élan balzacien (J'en ris encore !), dit à mon père pour qu'il me prête sa voiture (laquelle m'avait déjà servi pour de tout autres objectifs) : Ma place est à Paris ! Il a été de bon ton pour ceux de ma génération, qui n'avaient pas connu la guerre, même pas celle d'Algérie, soit de sombrer dans une certaine nostalgie libertaire de cette époque, soit de déconstruire les déconstructeurs et de faire de 68, non sans quelque sentiment de culpabilité, le début de la fin. Fin des idéologies (que je ne faisais pour ma part que découvrir), des trente glorieuses, des solidarités, qu'elles soient de classe, de famille ou de terroir. J'ai beaucoup lu là-dessus et d'une façon générale sur la mémoire, l'histoire et l'oubli, avec Ricoeur et bien d'autres et ma religion est encore loin d'être faite. Reste que ce fut incontestablement, faute de rite, un passage majeur, symbolisé par le sabordage effectif des CDJ et du Conseil National des Jeunes. Pour la petite histoire, et après notre flirt poussé avec François Missoffe et sa politique-jeunesse, nous avons même offert notre « réseau » à Cohn-Bendit et Geismar, le futur inspecteur général ! Ce fut aussi l'abandon définitif de l'ami Claudel, après avoir rencontré cette année-là sa femme (pas Ysé !) et son fils Pierre. Un an plus tard on sacrifierait encore bourgeoisement au rite et on se marierait à l'Eglise, mais la foi, peu d'années après les premières intuitions de Christus, comme mon anachronique immaturité politique, avait tout autant été emportée par ce passage à l'envers que fut donc, au moins rétrospectivement, mai 68. Ceci dit, il vaut mieux avoir vécu cela que de se suicider à 22 ans ! Voir Repères bio[B]

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