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Vignettes mémorielles

Todesfuge (Celan)

7 Mars 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Langage et Linguistique

La poésie c'est lire lentement et entendre, ce qui est difficile. C'est pourquoi cela passe pour moi plutôt, malgré ma médiocre connaissance des langues, par la traduction, qui demande du temps. Je me suis rarement essayé à cet exercice, sauf professionnellement, quand j'en étais chargé de cours, ou en discussion avec un ou deux amis, mais cela m'a beaucoup apporté. Sans Rilke, Dante ou Lorca je ne connaîtrais rien à la poésie, mais sans accès à la langue originelle cela serait impossible (Je recours donc quand c'est possible aux éditions bilingues) et il faut par ailleurs se méfier du jeu facile avec les rythmes et sonorités (tendance alexandrins ou oulipo) et tout autant de la séduction immédiate des mots dans telle ou telle langue, car doit aussi jouer l'imprégnation générale (du poème jusqu'à la culture toute entière) et ...l'humeur (et donc l'âge). C'est ainsi qu'à retomber régulièrement sur un poème (trop) connu comme la Todesfuge de Celan (Schwarze Milch der Frühe wir trinken sie abends...Celan lui-même était irrité par la lecture "esthétisante" qui en a longtemps été faite) je ne cesse pour chaque verset d'y trouver, c'est la même chose en musique, et c'est banal, des résonances nouvelles. La dernière fois c'est grâce à l'épigraphe de l'extraordinaire Kaddisch pour l'enfant qui ne naîtra pas d'Imre Kertész (et donc à cause de tout son livre) que j'ai eu, bien supérieure à toutes les autres (Il y en a beaucoup et dans toutes les langues), la meilleure lecture de ce verset de Fugue de mort :

« (Er ruft) streicht dunkler die Geigen dann steigt ihr als Rauch in die Luft / dann habt ihr ein Grab in den Wolken da liegt man nicht eng »

« (Il crie) assombrissez les accents des violons alors vous montez en fumée dans les airs / alors vous avez une tombe dans les nuages on n'y est pas à l'étroit ».

Stéphane Moses, qui est quoi qu'on en pense un des meilleurs connaisseurs du poète (y compris d'ailleurs de Celan comme traducteur), préfère à juste titre : On n'y est pas couché à l'étroit. Ce n'est évidemment qu'un exemple, qui peut d'ailleurs ne témoigner que de l'impossibilité de la traduction et de la fascination qui nous est culturellement transmise pour certains thèmes, et je me garderai bien autant de le développer que de les multiplier. Car il y a des carrières universitaires et des sites internet entiers sur ce genre de problématique, avec de remarquables linguistes, de vrais talents malgré parfois certains relents de Lagarde et Michard et plût au ciel que ça n'empêche pas l'accès à l'original. Peut-être un jour ferai-je mon propre florilège.
Voir Repères bio[C-I]

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