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Vignettes mémorielles

Peur ou frayeur (du manuscrit) ?

7 Avril 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #philosophie-religion, #Voyages-Géographie

Malgré les traumatismes consécutifs aux attentats du djihad et la phobie sécuritaire (et même pire) qui a pu en résulter, j'estime qu'il n'y a pas, et d'aucuns penseront que c'est regrettable, de véritable peur collective à notre époque, comme de la guerre par exemple à celle de Montaigne, puisque nous ne nous émouvons plus guère de l'Apocalypse et pas encore de l'épuisement de la planète ou de l'avènement du posthumain. Seule l'expérience individuelle semble susceptible de nous marquer, le drame chez un proche ou un moins proche en faisant partie, surtout il faut bien l'avouer quand il a une dimension collective, voire « nationale » (car on n'a pas la même horreur quand l'atroce est loin, dans le temps comme dans l'espace). Je choisis donc, laissant les concepts aux philosophes, de répondre par dérision de divan à un questionnaire du genre : Quelle peur ou quelle frayeur vous a marqué le plus ? Même si ces questionnaires sont destinés, sur le mode du tout psychologisme ambiant, à nous détourner d'une interrogation essentielle ou à nous fournir une consolation factice. Je dirai que je suis plus frayeur que peur, ayant finalement peu d'appréhensions, même pas (pour l'instant) pour la mort, et quasiment jamais de cauchemars. Ne m'ont pas spécialement marqué sur le moment les quelques accidents qui me sont arrivés, par définition imprévisibles, comme le serait une mort subite. Un peu plus ceux qui étaient annoncés comme imminents, ainsi deux fois en avion, la première quand à mon côté le pilote du biplace pris dans un orage a paniqué au-dessus de la forêt du Soudan, la seconde de retour du Vietnam, à dix mille mètres d'altitude, quand les hôtesses de la Thai ignorant notre langue ont mis par erreur une cassette en français signalant l'alerte maximum, un décrochage rapide et un atterrissage en urgence ! A vrai dire nous n'avons pas eu le temps de vraiment réaliser, juste celui de regagner son siège, à peine de serrer la main de son voisin, car ces mêmes hôtesses n'ont pas eu la réaction attendue (laquelle en fait ?) et les choses sont rentrées dans l'ordre, sans même d'ailleurs un mot d'excuse. La peur est le plus souvent rétrospective. Au présent, même pas peur...
Par contre deux frayeurs presque inavouables quoique significatives me font encore trembler. Celle d'avoir aperçu et failli rencontrer lors d'une conférence à Madrid un ancien président (peu importe de quoi) dont un témoin perspicace traduisit ma peur panique par l'excellent: « Il y a un cadavre entre vous ? ». C'était à peu près cela sauf que depuis mon premier cadavre d'adolescent (un arabe assassiné presque sous mes yeux pendant la guerre d'Algérie) on n'était plus chez Camus, mais dans ma réalité. La pire frayeur, bien postérieure et quoique complètement anecdotique, fut l'histoire du « manuscrit de Florence », dont on pourrait faire une excellente nouvelle ou un roman à rebondissement : Quelques années d'archives de recherche manuscrite en culture iranienne (sans copie!) dont on m'avait confié le transport à Paris et qui me furent dérobées avant la descente du train, le paquet (merci la Fnac) semblant contenir un gros appareil ou un ordinateur. Je les ai retrouvées, parce qu'on les avait probablement jugées inexploitables, dans une poubelle de gare. L'angoisse, à un comble jamais atteint pour moi, en raison de l'identité particulière de la future thésarde et de la date (un centenaire), n'a duré qu'une demie heure mais c'est une éternité et j'en tremble encore. Dien nous garde sans reproche de la peur et il n'y a de frayeur, comme le prouve l'étymologie (Frayeur/Friede), qu'en temps de paix. Voir Repères bio[E-I]

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