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Vignettes mémorielles

Chène (d'Orval)

5 Mai 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Ardennes-Touraine, #Littérature

Ce qui compte c'est le poème de Jean-Jacques, alias Herri Gwilherm, bien qu'il m'évoque autant Rilke et Gongora, car tout s'explique si on connaît le site d'Orval et les circonstances de sa composition, idée que ni les poètes ni les commentateurs au demeurant n'acceptent. Donc regret que ce poème « traversier » qui nous fut dédié ne comporte pas d'illustration. J'en ai fait un long commentaire une fois à Zürich, sans pour autant convaincre mes auditeurs que le poète n'était pas si obscur et difficile que cela. Religieux oui, mais qu'est-ce à dire ? La main tremble hors du cercle de la plénière oasis

Lorsque d'un seul geste nous parcourons l'immensité du tronc

Avec pour unique sonde un coeur à peine moins silencieux qu'une feuillée

Nacelle de pierre d'où la psalmodie

Dans une moiteur tropicale se gonfle de vaine luxuriance

Et les simples font merveille dans le clos contigu

A l'abri de ce vaste ombrage constellé de noms

Qu'un à un nous recueillons avec le zèle du novice

Penché sur l'entrelacs des baumes

Durant qu'à voix couverte ils sont nuitamment proférés

Toi donne à la source l'obole d'un trouble

D'une voyance gravée dans le frisson obituaire

De l'eau fuyant vers les cascades les torrents et les vasques

Sur les dalles où se déposent des lustres de paroles

Elle te recouvre comme s'effleurent les doigts de l'imploration

Joints à ceux du sarcleur remuant ses lèvres sur l'herbe sauvage Il est tout-à-fait possible de justifier, sinon d'expliquer, chaque terme, aussi précieux soit-il, et bourré de cette religiosité originelle du Livre (quasiment orientale), par des images, des parfums et des rythmes du lieu (la source de la Reine Mathilde, la nacelle, la pharmacopée, les pas du novice...). Mais au-delà de ce foisonnement qui génère une grande évidence poétique, c'est l'esprit du lieu, du lieu cistercien (délaissant heureusement le côté mussolinien de la reconstruction d'Orval), qui a été saisi ici. Et je me mets à imaginer le promenade qu'aurait pu faire Herri Gwilherm avec un de ses amis très proches, poète breton et agnostique comme lui, Eugène Guillevic, qui fréquenta l'abbaye au temps de sa profession caropolitaine, et dont un des exégètes, Bernard-Joseph Samain, est précisément moine à Orval. Cela explique qu'on trouve, avec le fromage, la bière et la Bible, les oeuvres de ce poète à l'accueil. Je tiens cette précision de Michèle Lévy (« Guillevic et l'esprit cistercien »).
Voir Repères bio[A-B]

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