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Vignettes mémorielles

Latin : Dieu se réjouit d'être impair

30 Juin 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Langage et Linguistique, #Education

Notre rapport au latin est assez compliqué. En ce qui me concerne, mis à part le plaisir d'apprécier l'original dans un texte (surtout poétique, philosophique ou testamentaire)... bilingue et l'intérêt pour une compréhension étymologique et historique du français, le numéro deux se réjouira toujours pour moi d'être impair (merci Gide!), même si je peux comprendre que Dieu apprécie le nombre impair (Virgile revu pour la Trinité !) :« Numero deus impare gaudet » (Le nombre impair plaît au dieu) . Cette citation me réjouit encore plus que le « dum pendebat filius » du Stabat Mater ! Pour autant (comme on dit maintenant), je n'ai jamais été aussi mauvais, pour prendre un exemple lu récemment, que le Tom d'Eliot dans Le Moulin sur la Floss 296 (« Nunc illas promitte vires », Déploie ces forces vigoureuses et non A présent promets à ces hommes... Enéide livre V). En raison de ces compétences, et à la même époque que l'obtention de mon brevet de secourisme, j'ai donc été habilité (« certifié de lettres classiques») à enseigner le latin, ce que je n'ai pas fait longtemps, ayant bifurqué sur un autre métier, mais avec beaucoup de plaisir, pour moi et peut-être quelques autres. Il m'en reste assez, « entendant assez la construction [comme le dit, avec bien d'autres, Rousseau dans ses Confessions] pour pouvoir lire un auteur facile à l'aide d'un Dictionnaire », mais guère plus, faute de motivation ou de courage. Mon Gaffiot est donc toujours à portée de main et me sert autant pour le latin, le français (surtout l'ancien) et d'autres langues. J'ai toujours préféré (surtout pour la philosophie) le grec au latin, peut-être parce que c'est plus facile, mais je suis persuadé que le latin reste beaucoup plus génial que le grec (plus analytique, comme l'allemand) ou même le français tel qu'il a évolué. Cela est dû à sa structure syntaxique, sorte de désordre ordonné des mots, et à la richesse de son vocabulaire : Celui-ci est court (Comparez le Gaffiot au Bailly) mais joue à fond pour chaque mot avec une polysémie arc-boutée sur le corps du sens. Comme l'anglais d'ailleurs, qui sait aussi « emprunter » au français comme le latin au grec. Et il n'est pas anecdotique que ce soit la langue du droit, donc (hélas?) de la modernité comme de l'Eglise. J'ajoute que cette relation ambiguë au latin n'est sans doute pas pour rien dans mon goût pour des philosophes comme Giorgio Agamben, des écrivains comme Pascal Quignard, voire pour mes relectures des Evangiles plus ou moins apocryphes) ou l'art roman...Je ne sais pas si tout ce que je dis là, comme le fait de n'avoir que « l'agrégation de lettres modernes » ou de ne pas connaître l'hébreu, me discrédite ou m'autorise à prendre parti dans la sempiternelle et toujours actuelle polémique sur la place des langues anciennes dans l'enseignement. J'ai promis de revenir sur ce sujet de mémoire (avec ou sans jeu de mot), je le ferai.
Voir Repères bio[B]

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