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Vignettes mémorielles

Il pleut comme vache qui pisse

11 Juin 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Langage et Linguistique

« C'est un sale temps, dit Maillard , il pleut comme vache qui pisse ». C'est textuellement du Marcel Aymé, dans la bouche du procureur, à moins que ce ne soit du brigadier, mais je ne sais plus dans quelle nouvelle. Pourtant on se souvient encore dans la famille, c'est symptomatique, du jour où, pour la première fois devant les enfants qui en restèrent bouche bée, j'utilisai sans révérence garder cette expression familière (et devenue depuis familiale), comme si un tabou se brisait. Il était donc des mots qu'on ne prononce pas impunément, et de fait il en est encore beaucoup pour moi d'imprononçables (et pas seulement en langue étrangère !), vu que je suis resté beaucoup plus pudique ou pudibond que d'autres sous cet angle. Ce qui me procure un réel plaisir (de transgression ou de snobisme ?) chez un Sterne ou un Rabelais, ou dans un nom ancien de rue plus ou moins moyenâgeuse, me choque à l'oral ou par exemple sur le net. Cela pourrait me conduire une fois de plus (et donc de trop) à une réflexion sur le plaisir et la souffrance des mots comme sur les limites de la mémoire ou de l'expression spontanée.
Dans mon pays, pour dire « Il pleut à verse », on dit qu'il drache, ce qui est quasiment belge (origine probablement néerlandaise), et spécialement adapté au climat ardoisé de l'Ardenne. En Wallonie on dit même : « I pleut des vaches ! » Mais il n'y a pas de quoi en faire un fromage, comme de se risquer à avouer à une Laurette, qui peut s'en « choquer », surtout si elle est féministe, qu'il arrive à des hommes de pisser dans un lavabo, même si un François Lasserre, entomologiste et néanmoins linguiste, en a fait (de la vache qui pisse et du reste) tout un livre. La « parlure » et le Goût des mots appartiennent à tout le monde, surtout, remarqué-je, aux retraités du Collège de France ou des Hautes Etudes. Mais il n'y a pas que les universitaires et Françoise Héritier ni les philosophes et Nietzsche pour adorer le mot vache. Il y a bien la fameuse sourate et même, paraît-il, un vach'art !
Voir Repères bio[F]

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