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Vignettes mémorielles

Bricolage, de Lévi-Strauss à Matthew Crawford

21 Août 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #philosophie-religion, #Politique

Bricolage, de Lévi-Strauss à Matthew Crawford

Comme beaucoup d'autres, et pas seulement Genette (lire son article dans Apostille), j'avais été impressionné par les comparaisons que fait Lévi-Strauss dans La Pensée sauvage entre le bricoleur et l'ingénieur. La raison principale en est sans doute un complexe qu'on trouvait encore dans certaines familles bourrées d'ingénieurs, au point que le complexe pouvait simplement être de ne pas être polytechnicien, au temps où ceux-ci étaient encore principalement « ingénieurs », si possible Mines ou Ponts, et en tout cas pas seulement « centraliens ». Si en plus on est » littéraire » et pas bricoleur...J'ai beau soutenir qu'après avoir été scout (J'ai même eu mon brevet de bricoleur, merci Akéla) je suis encore capable de construire une table en bois, bien chevillée et sans clous, personne ne me croit. En réalité il s'est depuis toujours trouvé un « collaborateur », voire une épouse attentionnée, doué pour le bricolage, pour ne pas me laisser le temps d'essayer et faire à ma place. Du coup on désapprend. Telle est ma honte et ma faiblesse.
Il arrive aussi qu'on oppose l'intellectuel au bricoleur, ce qui n'est guère plus flatteur (sauf pour des pointures comme Gougenheim!). Décidément, relire Lévi-Strauss...Et y ajouter, pour approfondir la problématique à l'heure de la société postmoderne, Matthew B. Crawford. Je recommande la lecture (facile pour un ouvrage de philosophie, à condition de sauter les descriptions détaillées des problèmes de moteurs !) de son Eloge du carburateur, pas seulement parce que c'est un intellectuel qui a mis la main à la pâte, qu'il analyse à merveille le quotidien des faits et des choses, qu'il croise, ayant digéré Marx, les approches et références sociologiques, économiques, historiques et philosophiques (plutôt Aristote et sa praxis que Platon et ses Idées), mais aussi par sa critique radicale de ce qu'est devenue l'éducation aux Etats-Unis et ailleurs, avec le déclin irréversible de l'enseignement technique et artistique.
Dans cet essai magistral sur le sens et la valeur du travail, l'observation aiguë des mondes de l'entreprise, des magasins, de l'administration et des « services » est une démonstration souvent pleine d'ironie de « l'aliénation engendrée par un environnement de travail qui subordonne impitoyablement le bien intrinsèque d'une activité aux exigences extrinsèques du profit ». C'est en réalité une analyse implacable des méfaits du capitalisme financier mondialisé. Donc d'usager que ne suis-je resté bricoleur ? Et merci Bricorama !
Repères bio[A-I]

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