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Vignettes mémorielles

De la procrastination

9 Août 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #philosophie-religion, #Langage et Linguistique

De la procrastination

Il y a des mots qui j'aimais bien et que je mettais, à une certaine époque, dans les discussions en famille autour d'une flûte de champagne (toujours le même depuis un demi-siècle, recommandé par une des cousines du temps de sa splendeur, mais pas en coupe et surtout pas au dessert) ou d'une bonne bouteille de Chinon (ou de ...Château Maillard !), des mots comme longanimité, équanimité ou sérendipité. Mais c'est celui de procrastination qui s'est imposé un moment, car je stigmatisais plus ou moins gentiment cette attitude (Pourquoi faire maintenant ce qu'on pourra faire demain ?) chez un de mes descendants pour lequel l'adage : « Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt » était, comme beaucoup d'autres dictons populaires de comportements parentaux, une véritable incongruité. Un jour qu'il était en Suisse chez un ami philosophe j'ai failli lui dédicacer le dessin ci-contre avec la formule qui va avec.
.Mais c'est sans doute lui qui avait raison. D'ailleurs Régis Debray, avec lequel j'ai souvent été d'accord, précisait à la fin de sa vie, en pleine amertume (Voir Madame H) : « L'histoire appartient à ceux et celles qui, s'étant levés tôt, n'attrapent pas la bougeotte après le petit déjeuner » ! Je confondais sans doute par trop procrastination et paresse, et je sous-estimais la vision du monde contestatrice qui peut sous-tendre cette attitude, mais depuis le sujet est devenu à la mode chez les jeunes(et moins jeunes) philosophes pressés d'écrire (car il est désormais facile d'être publié), genre La mélodie du Tic-Tac, et l'on a maintenant le Slow Movement comme on avait autrefois le principe de Peter (un must à mon époque, j'y ai découvert mon incompétence), mais de plus j'ai trouvé dans ma propre famille un vrai phénomène de procrastination héréditaire. J'ai donc progressé dans mon appréhension de ce concept.
En réalité, et plus sérieusement, j'ai relu L'éloge de la paresse ainsi que quelques autres classiques et, maintenant que j'y suis (en retraite), je pense qu'avoir travaillé longtemps soixante heures par semaine au détriment d'autres ou d'autre chose, n'avoir jamais connu la sieste, ni la pandiculation, ni même la marinade à la Barthes, tout cela, eh oui !, avec une certaine « longanimité » et une certaine « équanimité », est peut-être regrettable ou au moins contestable. Finalement, comme dit Montaigne (« A demain les affaires »), « c'est la nonchalance, vers laquelle je penche évidemment de ma complexion ».
Repères bio[H-I]

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