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Vignettes mémorielles

Dépaysement, de la ville à la vigne

2 Août 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Littérature, #Ardennes-Touraine, #Voyages-Géographie

Dépaysement, de la ville à la vigne

J'avais apprécié, et même recommandé (à des politiques locaux familiers), ce livre de Jean-Christophe Bailly (Le Dépaysement, Voyages en France), auquel j'ai déjà consacré une vignette, parce que l'auteur, tout en étant très bien documenté, est un vrai promeneur, émule de Stendhal et admirateur de Proust (entre autres !), un amoureux du style et donc un poète. Son texte sur Rimbaud par exemple, sur l'homme « aux semelles de vent » « parti » de Charleville et de la ferme de Roche (où s'esquissa le Voyage en enfer), est une séduisante méditation sur la géographie, l'histoire (plutôt sociale) et la littérature, « à partir » de la situation de ce village de l'Argonne ardennaise perdu dans les labours entre le pli de l'Aisne et l'ancienne voie de chemin de fer par où gagner Amagne (grosse gare à l'époque !)et donc Paris, d'où le destin et le mythe de Rimbaud.
Mais loin de n'être que nostalgie cultivée le livre laissait sourdre un engagement ou au moins une conviction politique et traitait déjà, non seulement des jardins (y compris ouvriers), dont il est un spécialiste, mais des friches industrielles et donc de la ville. Dans La phrase urbaine (qui reprend en partie La ville à l'oeuvre), cette méditation à la fois s'élargit (philosophiquement, en particulier sur les traces de Benjamin, et peut-être de Gracq pour Nantes) et se spécialise (sociologiquement, sur l'architecture, le domus et la cité). Et elle ne refuse ni l'art ni l'utopie, car l'auteur est un bon connaisseur du surréalisme, qu'il a « pratiqué » jeune comme le Romantisme allemand.
L'essentiel reste chez Jean-Christophe Bailly, qui n'est pas un universitaire patenté, dans l'écriture, toujours aussi poétique, ce qui ne plaît pas à tout le monde. C'est qu'il n'est pas évident, dans la ligne de Nietzsche et quelques autres, de faire passer des idées autrement que par les seuls concepts, l'oralité gardant sa part : Beaucoup des textes de Bailly ont semble-t-il d'abord été des conférences, ou des articles, car il lui faut une jauge assez courte. En tout cas cet auteur, un vrai poète, m'a beaucoup aidé, avec quelques autres, à devenir un promeneur un peu meilleur, dans ma campagne tourangelle (Très belle citation des Géorgiques sur l'architecture de la vigne) et surtout dans la ville, en particulier Paris, resté c'est vrai pour moi un peu trop la « capitale du XIXème siècle ».

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