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Vignettes mémorielles

Le rêve des bonbons de la mémé

8 Août 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Littérature, #Ardennes-Touraine

C'est un rêve que j'ai fait plusieurs fois et qui renvoie à une situation et des sensations analogues, par exemple à celle qu'évoque Canetti dans La Langue sauvée, plongeant ses mains dans les sacs de riz ou de céréales de la butica du grand-père. Comme lui, chez ma grand-mère (Mémé), du temps après la guerre où elle tenait une confiserie place de la Halle à Sedan, « dans la mesure où j'avais les mains propres, j'avais le droit de les plonger dedans et de tâter les grains. C'était une sensation agréable, je prenais une poignée de grains, levais la main, humais les grains, puis les laissais ruisseler lentement dans le sac ; je faisais ça très souvent et, bien qu'il y eut beaucoup d'autres choses extraordinaires dans ce magasin, c'était cela que je préférais à tout le reste et l'on avait du mal à m'éloigner de ces sacs ». A vrai dire je me souviens parfaitement de la sensation tactile et pas de l'odeur, car les bonbons étaient emballés (donc peu importe que j'ai eu les mains propres) et l'on m'a souvent raconté cela pour souligner que jamais je n'avais songé à ôter les papiers pour goûter les bonbons ! Etais-je naïf !? Non simplement enfant. En fait cela m'a quand même un peu traumatisé puisqu'en rêvant à ces montagnes de bonbons je me suis réveillé plusieurs fois en passe d'y être englouti... Il faut dire que cette mémé, avec la grand' tante margutienne, est une des rares figures de la famille que j'ai pu connaître et que je regrette de n'avoir pas su faire parler (pas plus que mon père n'en parlait, et que n'en parlerait sa fille, Tatie, encore vivante à ce jour). Je me souviens vaguement de son adresse du Promenoir des Prêtres et des souterrains de l'Exil à Sedan où probablement je suis né avant de grandir rue de Bayle, puis Avenue Leclerc, aussi vaguement de celle de sa confiserie, bien de son appartement d'après reconstruction puisque nous l'avons habité avant que nous y succède ...ma mère, devenue veuve et hésitant à rejoindre de nouveau Margut,, le village de son enfance et de son drame personnel. Donc des lieux, mais celui qui manque est l'Hôtel de la Croix blanche : J'ignore si c'est le même que l'hôtel de la Croix d'or qu'évoque Victor Hugo non loin du « sucrier renversé » de l'Eglise Saint-Charles (chère à ma mère et à l'archiprêtre), mais il existait encore il y a peu et c'est sans doute là pendant la guerre (après un retour rapide de l'exode) qu'elle a assis sa réputation de maîtresse femme et une (toute petite) fortune qui finirait en frais médicaux, Mémé avant de tomber malade refusant d'engraisser l'Etat et la sécurité sociale. Quelle est, dans ces souvenirs aussi flous que ses cheveux raides et blancs, la part du mythe familial et quid vraiment de l'Oncle Jules et de la Louise, servante et/ou belle-soeur ? Peut-être reste-t-il des témoins de sa personnalité et d'une existence agitée dont un écrivain aurait depuis longtemps fait un roman. Repères bio[A-B]

 

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