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Vignettes mémorielles

Résistance, histoire de...

7 Août 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Politique, #Histoire

A la question, récurrente et banale pour notre génération d'après-guerre, « Aurais-je été résistant? », que je me suis vraiment posée, voici quelques éléments de réponse qui ne sont évidemment pas d'expérience mais d'admiration : De tempérament je suis plutôt contestataire que lâche quoique réfléchi, plutôt impulsif que réfléchi quoique avec sang froid, plutôt français quoique internationaliste, plutôt camusien sans doute que sartrien. Etant trop jeune pour regretter comme Paul Veyne d'avoir à 12 ans donné l'impression d'être « collabo », je me plais donc à penser que oui j'aurais plutôt été résistant et cette pensée quelque peu inavouable ne manquera pas d'être mise à mon débit, mais peut-être cela aurait-il dépendu de mes amours ou de mes lectures. Et sans doute de mon âge ou d'un coup de dés. S'agissant de la résistance, deux figures m'ont marqué : La première, Evelyne P, professeure d'anglais au lycée français de Vienne, médaillée de la Résistance (à titre militaire, je crois), que je trimbalais sur mon dos dans les neiges de Cortina d'Ampezzo parce qu'elle s'était foulé la cheville, m'a donné à 27 ans ma première gifle intellectuelle, je m'en souviens encore, je ne sais plus exactement ce qu'elle m'a répondu mais j'avais eu la bêtise et l'outrecuidance de prétendre qu'à sa génération il était plus facile de savoir où était le bien et le mal et ce qu'il fallait faire et décider. L'autre, « viscéralement ardennais », Jacques R, avait connu mon père, très différent de lui, qui lui avait ouvert les riches archives de sa bibliothèque municipale lors de ses premières recherches d'après-guerre, et sera à l'origine de sa reconnaissance publique post mortem, où nous fûmes conviés à l'époque de notre séjour au Maroc. Je ne connaissais pas exactement ses faits de résistance (dans laquelle il est entré à l'âge que j'avais quand je l'ai connu), car il était aussi modeste sur ce point que brillant dans tous les autres, et j'étais encore ignorant (et donc sceptique) de cette époque, mais j'ai réalisé plus tard que c'était essentiel. Homme d'entreprises et de conversations passionnées, politique en avance sur le temps politique (dans une forme de catholicisme de gauche gaulliste), il est, quoique non universitaire (question de circonstance), connu comme historien et largement reconnu de ses pairs. Avoir visité le château de Sedan avec l'auteur de son Histoire de Sedan (Sedan et le pays sedanais, 1969, ouvrage inégalé mais malheureusement désormais quasiment introuvable) reste pour nous et quelques amis un souvenir inoubliable. Je peux dire que c'est à lui que je dois le peu que j'ai d'esprit de résistance et de sens de l'histoire et c'est un fait qu'il a eu, sauf en matière de conviction religieuse, énormément d'influence sur moi, à l'instar de mon ami JJK. Il m'a beaucoup aidé dans l'aventure des CDJ, c'est avec sa voiture que j'ai eu avant 18 ans mon premier accident, et il fut témoin à notre mariage. Comme dit Aragon (Le Fou d'Elsa), c'est peut-être de cet homme-là (et de cette femme-là, car son épouse était merveilleuse) « que je sais ce que de moi l'on ignore ». Voir Repères bio[A-C]

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