Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Vignettes mémorielles

L'occasion n'est pas toujours élégiaque

26 Septembre 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #philosophie-religion, #Politique, #Langage et Linguistique

L'occasion. Toujours la saisir ou la provoquer, aurait dit Flaubert. C'est le kairos des Grecs dont nous avait abreuvés notre prof de philo d'hypokâgne. Il y a même parait-il maintenant des adeptes de la kairologie (science du moment opportun) ! N'empêche, dans une version simpliste j'y ai toujours cru et l'ai gardé en réserve comme une sorte de viatique. L'attendre par trop n'est que conservatisme ou déterminisme, la provoquer peut s'avérer rédhibitoire, mais la saisir est essentiel. C'est sans doute une question de tempérament, comme la résistance, qui ne doit pas forcément être héroïque et gagne à être constante. C'est une attitude pratique qui peut être protectrice dans la vie sociale mais ce fut aussi une constante dans ma vie professionnelle, où je l'ai parfois mise en avant, surtout en cas de crise, sans l'ériger en mode de gestion mais non sans risque, au moins par refus de conformisme ou de carrièrisme. Par contre en faire un principe de conduite politique (ce qui signifie opportunisme, incompétence ou absence de conviction) ou même seulement de management n'a pour moi aucun fondement, quoi qu'en pensent nos Machiavel. Simplement je crois que c'est essentiel dans ce qu'on appelle maintenant le « développement personnel », autrement dit le bonheur. Goethe toujours : « Diese Göttin, sie heisst Gelegenheit ; lernet sie kennen... », [Cette déesse, l'occasion, apprenez à la (re)connaître]. J'adore ses Elégies Romaines... Bref c'est peut-être un manque de convictions essentielles mais il faut rester curieux et croire au hasard (plutôt objectif à la manière des surréalistes car les occasions sont aussi des signes), peut-être même au destin, mais cela n'empêche ni l'action, ni la fidélité, à ses idées comme à ses amours, et finalement à ses fidélités. Je m'amuse beaucoup à observer cela, sans illusions ni envie, dans mes lectures (car chaque histoire et même chaque mot est une forme d'occasion) comme dans le comportement « de mes contemporains » : C'est que j'ai aimé dans le Camus de La Chute. Mais je n'en n'ai finalement joué qu'en passant ou dans quelque partie de bridge, encore sans grand succès car c'est un jeu sérieux. C'est une partie de ma philosophie et s'il fallait un bilan, je dirais volontiers, bien qu'il s'agisse d'un futur : fata viam invenient [Le destin y trouvera sa voie] ! Et c'est bien au futur que le regretté Paul Veyne, à la différence de bien d'autres, l'a ainsi traduit. Cela peut paraître pessimiste ou fataliste, mais il n'en est rien car cela vaut pour sauvegarder le bonheur à titre personnel et précaire, mais pas pour la société, l'histoire humaine et l'humanité même. Car, de ce côté-là, qui me dépasse, j'adhère plutôt, très loin de celui purement spéculatif à la Badiou, à un certain optimisme à la Edga Morin, pour qui les crises sont une occasion de « restaurer une espérance dans l'improbable », à condition de baliser dès maintenant « la Voie » de toutes les occasions possibles. Voir repères bio[A]

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article