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Vignettes mémorielles

Kerouredan, hommage à JJK alias HGK

4 Octobre 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Littérature, #Musique

Kerouredan, hommage à JJK alias HGK

Aurait-il préféré, sans préjudice du trait d'union, rue Herri Gwilherm Kerouredan, ou pas de rue du tout ? Il en a déjà eu trois de rues et il aurait en tout cas apprécié les hommages de cette matinée un peu venteuse de mars 2015 à Fougères. Le mien, au nom de nos amis, s'insérait entre le politique, le poétique (par Marc Baron) et le familial. J'évoquai donc en lui, quelques années après son décès, le philosophe, ami de Jankelevitch, et avant tout le musicien qu'il aurait pu être (ou l'enseignant d'ailleurs) si son grave problème cardiaque ne l'avait interdit.
« En définitive, comme il me l'a d'ailleurs dit clairement peu de temps avant sa mort, la musique était tout pour lui. Elle est certainement à la source de la poésie par quoi il s'est exprimé, et qui n'en fut peut-être qu'un succédané. Elle fut à mon avis pour beaucoup dans une philosophie qu'il n'a jamais conceptualisée, mais qu'il a tout simplement vécue à l'imitation modeste de quelques grands anciens. Je ne sais pas si en politique ou en affaires ses idées et ses comportements doivent quelque chose à la musique. Mais je sais qu'en amours ou en amitiés, dans les pulsations fondamentales du cœur, aux différents seuils décisifs d'une vie bien remplie, elle a toujours bercé l'essentiel de Jean-Jacques. Cet homme-là était pleinement contemporain mais il entendait aussi la musique des anges ». Il n'y a pas d'hommage sans lyrisme, qui n'était pas son truc, mais heureusement la musique (Partita de Bach au violoncelle) était présente...
Comme en attestent à plusieurs reprises ces vignettes, qui se font parfois l'écho de nos échanges, celui qui m'avait demandé d'être son « exécuteur » testamentaire (Mais je ne suis pas poète !) m'a marqué, m'a entraîné dans toutes sortes de méandres et m'impressionne encore. Séducteur impénitent, entrepreneur à tous risques, créateur invétéré d'associations (dont Europe Education), ami de ses voisins comme de ses médecins, intellectuel et artiste, homme de racines et de culture, breton épris de cosmopolitisme et de multiliguisme, spinoziste profondément marqué par sa formation religieuse, politique engagé mais sans concession, ce n'était pas tout-à-fait un protée car il avait une profonde unité mais disons qu'il ne serait peut-être de lui que portraits anamorphiques.
Il mériterait en tout cas une véritable biographie, qui comporterait, pour le côté littéraire, une présentation et une étude de ses textes, ainsi par exemple du Chène d'Orval, mais il est vrai qu'après avoir cotoyé ce monde finalement assez étroit, publié au moins une douzaine de recueils et même créé une ou deux maisons d'édition poétique, il est aujourd'hui largement méconnu. Le poète Alain Lance, dans le Journal éphémère (1980-1984) qu'il a publié récemment chez Tarabuste sous le nom (belle trouvaille à la manière du Leiris de la Règle du Jeu) de Coupures de temps, évoque un souvenir que nous avons en commun des soirées passées ces années-là « au Moulin », mais c'est un livre entier qu'il faudrait pour lui rendre un véritable hommage. Avis aux amateurs, de l'Université de Bretagne, de Hambourg, ou d'ailleurs !
Voir repères bio[D-E-F-G-H]

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