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Vignettes mémorielles

La fraîcheur sauvage des citrons verts

28 Octobre 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Musique, #Beaux-Arts

Revue Le Français dans le monde

L'idée d'accompagner ces vignettes d'illustrations n'était à l'origine qu' une façon dérisoire de conjurer un certain déficit dans la culture de l'image. La télévision, comme les bandes dessinées (Au sec), étaient quasiment interdites à la maison, comme chez beaucoup d'enseignants à l'époque, nous n'allions jamais au cinéma (exceptionnellement à l'Eden ou à l'Excelsior !), et ma culture artistique était essentiellement tirée du Lagarde et Michard. J'ai même pris un certain retard après mon bac pour combler cette lacune en raison de mon investissement « politique » et c'est finalement, en dehors de quelques rencontres essentielles et parfois dues au hasard, mon engagement « pédagogique » qui m'a fait progresser. Certaines publications en revue, comme « La Fraîcheur sauvage des citrons verts » (The Savage Freshness of Limes, à partir à l'Université de Kiel d'un travail sur la publicité et d'un cours sur Communication et langage débouchant sur la musique et la poésie de Mallarmé à Debussy), dont je reste abasourdi que cela ait pu être érigé en exemple, montrent bien la lenteur et les limites de cette évolution, qui concerne aussi bien (ou aussi mal) l'accès aux odeurs, aux saveurs et aux sons et qui n'aura jamais réussi à éviter les pièges de la scolastique et de la critique de texte, fût-ce ou qui plus est à la Barthes.
J'exagèrerais si je disais que ce n'est qu'avec la retraite, la fréquentation régulière des expositions, la conquête de la contemplation et peut-être un peu internet que s'est instauré un nouveau rapport, d'accès et de plaisir plus immédiats. Car d'avoir pas mal voyagé, d'avoir habité sous d'autres cieux, permet de retrouver, ne serait-ce qu'à Paris, vu la très positive évolution de l'offre muséographique (nombreux échanges mondiaux, réhabilitation des textes littéraires, pédagogie de la présentation), des sensations toujours plus riches.
Eau sauvage n'a jamais été mon parfum, mais le Prélude à l'Après-midi d'un Faune est toujours pour moi, très variable selon l'heure et la version, l'objet d'une écoute renouvelée. Parfois même les rapports de la musique, de la représentation théâtrale et de la lecture s'inversent complètement. C'est ainsi qu'après assisté à la représentation de Lucia di Lammermoor de Donizetti, comme jadis Flaubert et Madame Bovary (en français !) à Rouen, je l'ai relu pour m'apercevoir que je n'avais sans doute rien compris ni à l'opéra ni au roman. Il ne me reste plus qu'à aller voir Walter Scott pour régler définitivement son compte au romantisme !
Voir Repères bio[C-I]

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