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Vignettes mémorielles

Les calculs de Montaigne

5 Octobre 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #philosophie-religion, #Littérature

« Les maux ont leur période, comme les biens », dit Montaigne en généralisant son propos sur sa gravelle. Mon récent petit calcul à moi n'a pas plus à voir avec sa maladie chronique que moi avec le maître qu'il m'est depuis longtemps devenu. Son expulsion inopinée a évidemment été suivie des examens appropriés, dont la coûteuse analyse de ce qui n'aurait pu être qu'un bout de ciment échappée des toilettes (d'après le laboratoire, c'est déjà arrivé!), et du diagnostic de la faculté : calcul oxalophosphatique 12/7/4 sans conséquences particulières ! N'empêche, la gêne (et non la douleur) que ce calcul non identifié avait causée, vu son emplacement (irradiation du côté gauche puis fixation sur la verge) n'a pas manqué de susciter certains émois, en rapport avec la problématique médiatisée de la prostate. Bien que durable l'émoi n'a pas été suffisamment fort pour en parler à l'entourage ou au médecin, parce que je suis persuadé que nous avons des mécanismes de régulation qui ne demandent pas forcément qu'à se dérégler. Il n'en demeure pas moins que « la vidange de ma pierre » (qui révélait de facto la nature de la gène) m'a valu dans les toilettes d'un théâtre parisien un moment (durable) de satisfaction et de réflexion intense analogue à celui qu'il décrit. « Est-il rien doux au prix de cette soudaine mutation... »). Et c'est tout son chapitre XIII qu'il faudrait relire. En élargissant notre réflexion à toutes sortes d'expulsions et de mutilations qui posent le problème du corps. Et, comme l'écrit, dans une oeuvre inachevée, un jeune philosophe méconnu et accusé à tort de procrastination, « peut-être qu'il faut poser la question de l'origine de cette permanence du corps par rapport au devenir évident qui l'affecte (ô vieillesse...) ». L'auteur ne s'en souvient pas, mais on n'est pas loin de la méditation d'Agamben (Nudité, en écho à Thomas d'Aquin, sur les corps glorieux). Dans le même genre d'absurdité on m'a interdit de donner mon sang (maintenant j'ai passé l'âge !) à cause d'un vieux séjour en Colombie que j'ai avoué en bavardant avec le médecin à l'entrée du camion sanitaire. Et je dispose aussi d'un papier officiel faisant état d'un corps étranger métallique derrière le globe oculaire contre-indiquant formellement de me soumettre à une IRM. Je ne me souviens plus de l'organisme médical qui a repéré ce handicap à l'origine inconnue (Je n'ai jamais fait de soudure sans masque de protection ni démonté le carburateur de ma moto !) mais pas sûr que ça marche pour éviter la police des portiques (ni que cela me dispense un jour de subir une saignée pour excès de fer d'origine héréditaire)...Et j'ai découvert récemment que mon hérédité pouvait me prédisposer à une « hémochromatose » qu'on soigne parait-il uniquement par de bonnes vieilles saignées. Merci Molière !
Voir repères bio[C-H-I]

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