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Vignettes mémorielles

Myrto, la jeune Maghrébine

11 Octobre 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Beaux-Arts, #Littérature

Souvent un vers appris par cœur à l'adolescence trouve un écho inattendu qui lui donne enfin du sens. Les circonstances dans lesquelles le poème d'André Chénier, La Jeune Tarentine, a ressurgi à ma mémoire sont dramatiques. Ce fut la tentative désespérée de ranimer une jeune élève fauchée en plein cours d'éducation physique par un arrêt cardiaque dû à une malformation congénitale non diagnostiquée. Tandis que ses camarades angoissées attendaient dans une pièce voisine, tel un choeur antique dont il m'allait falloir bientôt déclencher les lamentations et le deuil, je contemplais (Il n'y a pas d'autre mot) la jeune maghrébine étendue à nos côtés comme dans la sculpture éponyme du Musée d'Orsay (d'un certain... Schoenewerk !). Les pompiers impuissants, l'infirmière maladroite, le médecin accouru trop tard, tous avec la tuyauterie de mise, étaient dans l'attente de la vérité : Est-ce vraiment fini, n'y a-t-il rien à faire? Et moi, proviseur, qui n'avais même pas vraiment le droit d'être là, dans ma propre incompétence et inexistence devant la mort, je la contemplais et seuls les mots de Chénier qui me venaient en silence attestaient de ma stupeur. Curieusement aucune angoisse et même une certaine forme d'impardonnable sérénité. Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine ! / Un vaisseau la portait aux bords de Camarine.../Elle est au sein des flots la jeune Tarentine. / Son beau corps a vécu sous la vague marine./Jamais ne connaîtra ni succès ni amant. Je pourrais m'interroger sur le temps perdu, la faute probable de tel ou tel protagoniste, les reproches déplacés que se firent les parent séparés en se retrouvant devant le corps de leur fille, l'intervention d'une hiérarchie manifestant une réelle empathie mais prompte aussi à mesurer les risques juridiques et à gérer « la communication », puis la solidarité exemplaire de la communauté éducative ainsi que le professionnalisme mais aussi le désarroi des « cellules psychologiques » mises en place. J'ai oublié tout cela mais pas le « long deuil » de ses « compagnes », qui a duré des mois, et pas du tout, qu'on en pense ce qu'on veut, le beau regard apaisé de cette jeune Maghrébine. Voir repères bio[H]

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