Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Vignettes mémorielles

Où est le sud ? Problème d'arpenteur

30 Octobre 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #philosophie-religion, #Voyages-Géographie

Les points cardinaux arabes

C'est un test que j'ai fait souvent, dans des lieux fermés comme des classes et pas seulement avec des jeunes, du temps où j'avais des responsabilités « pédagogiques », ou dans quelque forêt obscure supposée virgilo-dantesque. J'ai pu établir qu'il était plus facile de demander l'est au Maroc, ce qui tendrait à prouver que la capacité d'orientation est bien de nature culturelle (pour oser cet oxymore), c'est-à-dire d'habitude. J'ai lu récemment dans un journal très sérieux que l'on s'orientait mieux en étant tourné vers le sud qu'en regardant la façade de la Gare du Nord, ce qui prouve que je ne suis pas le seul à poser ce genre de questions stupides. C'est un peu comme les couleurs qui ne sont pas les mêmes selon la proximité d'autres couleurs ou le cadre dans lequel elles s'inscrivent. Et dans les prisons (ou les cloîtres) ? La vérité n'existe pas, pas plus que la réalité. Pour trouver l'est à partir du sud (qu'on situe sans boussole mais avec une montre en fonction du soleil, comme on me l'a appris au temps du du scoutisme) ou le sud à partir de l'est (au temps de la prière), il faut de plus être capable, c'est une question d'âge et de raison, d'en déduire les autres points cardinaux.
D'ailleurs on dispute pour savoir quel fut le premier des quatre à être repéré dans l'histoire de l'humanité. Levant, couchant, Grande Ourse ? Occident cul de sac, Orient horizon ? Qu'en sera-t-il à l'ère de l'assistance généralisée des GPS et la remise en cause de tous les repères historiques et religieux ? Chacun verra-t-il toujours midi à sa porte ? Le rapport à l'espace, comme celui au temps, a déjà largement entamé sa souffrance. C'est pourquoi, qui plus est droitier hélas invétéré, j'ai de plus en plus de respect pour les (vrais) géographes. Cela m'a déjà permis au temps de mon été grec d'échapper (de peu) au goethéen Drang nach Süden, (J'ignorais à l'époque le germanique Drang nach Osten !)et peut-être de dépasser à temps cette illusoire hésitation de mes vingt ans entre la littérature, la philosophie et l'histoire. On appelait cela Propédeutique, pour les littéraires qui avaient déjà choisi (?) de ne pas être scientifiques, ceux-ci ayant néanmoins au moins le mérite de nous avoir révélé les quatres (ou + ?) dimensions. Question d'échelle ? Non, d'orientation ! A moins que nous ne soyons, nous humains, tous paumés et que ce ne soit, à la Kafka, qu'un problème d'arpenteur ! Thomas Bernhard l'avait bien compris aussi, que Magris (deux auteurs que j'aime bien) appelait « le géomètre rebelle des ténèbres ».

Et Kant lui-même, si l'on en croit Pierre Macherey (300 pages en 2017 pour S'orienter!), dans Qu'est-ce que s'orienter dans la pensée : « Penser, vivre, connaître, agir, exister, c'est avoir en permanence à résoudre des problèmes d'orientation ». Pour autant je n'ai jamais aimé les conseillers d'orientation, allez savoir pourquoi.[Voir aussi : Boussole]


Voir Repères bio[G]

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article