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Vignettes mémorielles

Question d'échelle ou affaire de chameaux ?

9 Octobre 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Langage et Linguistique, #Education

 Question d'échelle ou affaire de chameaux ?

1 cm = 2 km. Un keumeu égale 2 keumeu. 1 = 2 ! J'avais peut-être 5 ans, apprenais à lire (sans doute à écrire et peut-être à compter, en tout cas pas par la méthode globale et en commençant par la gauche...). La scène est, paraît-il, en Vendée, pendant les vacances d'été, que nous passions traditionnellement chez mon oncle André, le même qui « pour rire » et connaissant tout le monde, donc les policiers et les pompiers, nous a mis un jour « pour de vrai » en prison afin de nous punir de quelque galopinade. A noter d'ailleurs qu'il était de son métier géomètre arpenteur. Soudain, à proximité d'une gare ou d'un arrêt de bus, je tombai en arrêt devant un panneau représentant une carte géographique, totalement « scotché » par ce qui n'était qu'une indication d'échelle mais me paraissait d'une incongruité totale : 1 cm = 2 km. Comment 1 keumeu pouvait-il être égal à 2 keumeu ?
L'histoire est restée dans la famille, et dans la fratrie on a peu apprécié qu'elle passât pour témoigner de la perspicacité précoce de l'aîné (par défaut). Mais là encore il ne faut rien exagérer, jamais je n'aurai été le jeune esclave du Ménon découvrant seul les lois de la géométrie, ni la petite poussette de Michel Serres née au vingtième et unième siècle, encore moins (il paraît qu'on en trouve encore) quelque Mozart potentiel.
Car la question qui se pose n'est pas celle de la précocité mais de l'apprentissage (par l'erreur, même quand elle fait s'esclaffer), de la complexité du rapport oral/écrit dont beaucoup d'aspects continuent de m'interpeller, du principe de réalité, de l'importance de la cartograhie dans les découvertes, et de la relativité en mathématique. Dans ce domaine, en dehors de la géniale (si l'on en juge à son succès) conception de la Trinité, le nec plus ultra reste pour moi le pacte ou paradoxe du chameau, « popularisé » par Lacan. Voici comment on le lui fait raconter :
Pacte du chameau : Un père avant de mourir s'adressa à ses enfants : « Toi, l'aîné, tu auras la moitié de mes biens; toi, le puîné, tu prendras le quart ; quant à toi, le benjamin, tu auras le sixième. » Or il se révéla que l'héritage était constitué de onze chameaux. Fort irrités, réticents à l'idée de sacrifier plusieurs bêtes, les trois frères étaient tout près de s'étriper lorsqu'ils décidèrent d'en appeler au cadi local.Après un moment de réflexion, celui-ci leur dit : « Prenez ce chameau sous ma tente, je vous le donne, ajoutez-le à votre patrimoine. Si Allah le veut, vous me le rendrez plus vite que vous ne le pensez. » Effectivement, l'aîné fut heureux de prendre la moitié de douze, soit six chameaux, de même que le cadet trois et le dernier deux. Six plus trois plus deux font onze, le douzième chameau put retourner à son propriétaire
Pour en savoir plus sur la démonstration mathématique, l'origine arabe et la destinée occidentale du conte, voir par exemple la contribution de Pierre Ageron. Ça vaut la peine.
Voir repères bio[A]

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