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Vignettes mémorielles

Culpabilité générationnelle

10 Décembre 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Histoire, #Education

Il m'est arrivé trop souvent, encore dans ce blog, d'évoquer une sorte de « culpabilité générationnelle ». Cela exaspère généralement mais on peut contester sincèrement une formation judéo-chrétienne dont on s'estime une sorte de victime heureuse, ou reconnaître un certain manque de cohérence entre des opinions affichées et un mode vie assumé, sans pour autant refuser d'affronter les choses au fond de leur vocabulaire ou de leurs conséquences.
Il n'en reste pas moins que ce concept facile ne peut qu'être mal compris. Quand je l'emploie ce n'est évidemment pas la culpabilité que j'avoue, car pour moi l'aveu n'a pas de sens mais la faute si. Et il n'est pas si difficile, à l'instar de Jean-Jacques Rousseau, voire même de Montaigne ou Saint-Augustin, d'avouer un tas de hontes, de regrets ou d'insuffisances. La vertu principale de la faute, avouée ou pas, est, soit d'être modestement utile (comme par exemple dans la mal nommée « pédagogie de la faute », qui n'est pas qu'une méthode d'enseignement à l'origine du DSF), soit d'être un vrai plaisir. Il vaut parfois la peine d'en confesser certains, l'image ou la réputation du plaignant dussent-elles en souffrir, sans parler du plaisir propre du confesseur. La faute en tout cas est grosse de positivité pour peu qu'on s'en souvienne et, sauf à blesser personnellement ou compromettre autrui, ne peut donc donner matière à culpabilité. Fondamentalement,
felix culpa ! Et j'accepte même la notion de pardon. Ceci dit, au-delà des questions personnelles qui ne valent plus rien en dehors de ce fameux complexe judéo et surtout chrétien qui nous taraude bêtement, il ne peut y avoir de culpabilité s'il n'y a jamais eu d'intention de nuire, de mens rea comme disaient en droit les Romains, repris par les anglo-saxons.
J'assume donc ma génération, même si son bilan n'est pas fier (C'est une évidence mais on doit la débattre), car j'y ai pris et y ai eu mes responsabilités, au niveau familial comme professionnel. Je regrette simplement, comme beaucoup d'autres, d'avoir manqué de lucidité c'est-à-dire d'anticipation. Des deux grands moments politiques dont j'ai côtoyé de loin (ô oxymore!) certains cercles, le premier, mai 1968 a été un véritable aggiornamento et reste le moment phare ; j'ai cru au second, mai 1981, mais pas longtemps, ayant même été vacciné avant. Maintenant j'observe avec intérêt et j'ai, sans regret, renoncé à l'action mais pas vraiment à la « sagesse ». Pour prendre quelques références déjà citées, j'ai l'impression d'être baladé par mes prescripteurs quelque part entre Régis Debray et Romain Gary ! Et pour l'optimisme, conscient du passé et ouvert sur l'avenir de l'homme sur notre planète, Edgar Morin et Michel Serres. Dire qu'en ces moments de déréliction générale il faudra voter, et si possible pour le moins pire. Mais peut-être que le moment de la révolte reviendra. Alors le flambeau aura vraiment été passé à la génération d'après.

Voir Repères bio[I]

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