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Vignettes mémorielles

Stendhal et Casanova

17 Décembre 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Littérature, #Education, #Langage et Linguistique

D'aucuns en déduiront peut-être que ce que j'apprécie le plus chez Stendhal c'est de faire partie de ses plutôt rares lecteurs ! Mais le fait est que je le fréquente beaucoup, et j'adhère sans complexe à ce qu'en dit Julien Gracq : « Stendhal, qui s’est recommandé aux happy few en parfaite connaissance de cause, demeure et demeurera sans doute toujours le plus antipopulaire de tous nos romanciers. [Au contraire de Balzac, Zola ou même Flaubert] le goût de Stendhal, plus fondamentalement encore que celui de Proust, postule, lui, tyranniquement, le passage par l’enseignement secondaire, parce qu’un certain usage parodique du langage, constamment sous-entendu, toujours flottant autour de sa prose à l’état virtuel, et qui fait la moitié du charme de son écriture, ne s’apprend que dans les cours de [lycée], concurremment avec le réflexe précoce de prendre ses distances vis-à-vis du Beau scolaire et de ses desservants patentés».
Ce qui valait pour l'auteur d'Un Balcon en forêt
(découvert en ce qui me concerne in situ dans une « maison forte »pas loin de la Meuse !) vaut encore pour moi, pour citer le titre de son ouvrage, « en lisant en écrivant »...
Tout est dit pour le style et sur le Comment peut-on être stendhalien ? Pour l'essentiel, les romans étant trop connus pour qu'on échappe au cinéma, lire et relire les œuvres « intimes » et les Voyages, qui le sont autant. L'Italie bien sûr, l'italien, l'opéra, les complexes et plaisirs de l'amour, l'observation suave des politiques et des « salons de huit ou dix personnes dont toutes les femmes ont eu des amants » (Stendhal est encore très 18ème), le voyageur impénitent l'art à fleur de peau, l'imaginaire des êtres plus en représentation qu'en souffrance (On n'est pas tout-à-fait encore au 19ème), la superficialité mais aussi la révolte, tout quoi (sauf Napoléon!).
Je ne connais guère qui l'égale comme autre « égotiste » et « poète de sa vie » (comme dit Zweig) que Casanova, bien que Stendhal, à qui on a néanmoins failli attribuer le texte de
l'Histoire de ma vie, ne l'ait, faute d'avoir à l'époque accès à la version authentique, considéré comme « manquant de talent ». Car Casanova, et comment !, a surtout écrit en français (mâtiné de savoureux italianismes et appris d'une façon extraordinaire, digne d'épater les auteurs FLE du DSF !). Je ne suis ni Sollers ni Fernandez, mais Stendhal, comme Casanova, valait bien une ou deux vignettes amoureuses. La beauté comme promesse de bonheur, c'est bien vrai. Et les amoureux de Stendhal, qui sont souvent aussi ceux de Montaigne, de Diderot ou de Proust, se reconnaissent facilement.
Voir Repères bio[I]

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