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Vignettes mémorielles

Du dérisoire au ridicule

1 Janvier 2017 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #philosophie-religion, #Littérature

« Du dérisoire au ridicule il n'y a qu'un pas » est une auto-citation, qui a fini par se donner comme telle, presque aussi fréquente que celle de Claudel : « le pire n'est jamais sûr ». Cette dernière est inexacte d'ailleurs car le sous-titre du Soulier de satin, qui provient de Calderon, est exactement : « le pire n'est pas toujours sûr », ce qui n'est pas tout-à-fait la même chose. Je le sais pour avoir tenté un diplôme (Le thème de la prison dans l'oeuvre de...) sur le frère de Camille, le même qui pontifiait également : « La tolérance il y a des maisons pour cela ». Je reviendrai un jour sur ce type agaçant mais grandiose qui est un peu pour moi l'équivalent de Wagner en musique, mais pour « ma » citation, j'en connais exactement l'origine : une copie de littérature que ma jeune professeure d'hypokhâgne avait appréciée. Ce n'est pas un hasard si c'est la seule que j'ai dû conserver quelque part, car je m'y étendais longuement sur mon incapacité à traiter le sujet, un peu comme dans l'introduction de mon mémoire de maîtrise.
Je crois que fondamentalement j'adhère au poncif de l'Ecclesiaste :Vanitas vanitatum, omnia vanitas, et particulièrement « abondance de sagesse est abondance de chagrin », et « toutes les paroles se lasseront », donc ne soyons ni trop sages ni trop prolixes. Et de plus je suis plutôt, toute modestie mise à part et sans aucune complexion pour, du côté de la littérature (de l'art en général) que de la vie. Les deux m'ont appris, mais plus encore la première, bien que j'aie surfé sur la seconde, histoire de ...survivre. D'où le dérisoire, l'autodérision venant aussi d'un refus de me moquer d'autrui ou de le mépriser. Autodérision déjà, ou refus d'aller trop loin, de faire preuve d'assurance ou de se bercer d'illusion (dérisoire en ancien français signifie illusoire). Je n'ai pas vraiment le sens du théâtre car un peu (trop ?) le sens du ridicule, et beaucoup (trop ?) le sens du dérisoire, ces vignettes en témoignent. Ridiculus mus...
Autodérision donc, humour modeste et peut-être un peu mélancolique, faute d'un courage ou d'un talent à la Thomas Bernhardt. Ne pas se prendre au sérieux comme lui, car ce serait le suicide, au moins du frère (Voir sa Place des Héros vue récemment au TNC). Quant à l'autodénigrement, ça ne doit pas aller très loin, n'est-ce pas ? Je pense à Stendhal : « A chaque instant [« depuis que j'écris ces Confessions »] je vois le mieux que je n'ai pas fait ». Autant d'occasions non saisies, mais autant d'échecs transformés en succès, vite oubliés, le hasard donc et les rencontres... Mais « du dérisoire au ridicule... »
Voir Repères bio[B]

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