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Vignettes mémorielles

Histoire d'O ou Marquise d'O ?

7 Janvier 2017 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Littérature, #Beaux-Arts

Avec la mort de Jean-Jacques Pauvert, date de la version bêta de cette vignette, on avait reparlé de l'Histoire d'O, de Pauline Réage alias Dominique Aury, que je n'avais jamais lu, mais le nom m'évoque plutôt le texte de Kleist, qui m'avait par contre marqué dans les années 70. J'avais même commenté avec mes étudiants de Kiel, à l'occasion d'un commentaire du Loup des steppes, le film d'Eric Rohmer qui venait de sortir en allemand (avec le jeune Bruno Ganz), l'un d'entre eux m'ayant raconté à cette occasion une histoire en quelque sorte similaire, le cas d'une jeune fille séduite et qui ne voudra pas s'en souvenir pour les mêmes raisons d'une morale généreuse ou d'une occultation nécessaire à sa reconversion (religieuse) ultérieure. Le texte de Kleist, qui pourrait être de Zweig ou Schnitzler (avec quelques stigmates romantiques de l'époque de Goethe, du genre ange et/ou démon), voire même de Kafka, est génial parce qu'on peut autant l'apprécier du point de vue de Julietta (la Marquise d'O) que du comte F, tout aussi ambigü qu'elle et que l'auteur lui-même.
Ce dernier l'est peut-être pour des raisons autobiographiques mais aussi pour des raisons littéraires, car ce qui s'est passé pendant le fameux et très moderne tiret du début (digne de Sterne) est clair, comme le racaonte Kleist ailleurs : « Evanouie ?, plaisanterie, elle avait tout simplement fermé les yeux ! », mais le non-dit l'emporte et la morale, qui veut, pour parler comme lui, que tous les hommes ne soient pas des cochons et toutes les femmes des poules, doit absolument être sauvegardée. Restent bien des questions : Celle de la perversité et de la fidélité, celle du justiciable et de la culpabilité personnelle sur fond religieux (avec chez Kleist la tentation du suicide), celle de la virginité et de la maternité, car la marquise d'O était déjà mère de plusieurs enfants et plus tard, comme
happy end, « toute une suite de jeunes Russes succédèrent au premier » ! En définitive ce qui compte c'est qu'il y a, entre autres, les passantes comme il y a les dormeuses ou les réveuses. « De quels vains aliments sa naïve chaleur / Fait ce rayonnement d'une femme endormie ? » se demande le poète, comme Musset dans Rolla. Qui prétendrait n'avoir pas connu ce genre d'émoi ne peut être qu'un menteur. Mais de là à en faire un roman, ou un film, ou un poême, ou un tableau...
Voir Repères bio[C]

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