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Vignettes mémorielles

Publicité pour Venise (en hiver)

26 Février 2017 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Voyages-Géographie, #Beaux-Arts

J'évoque pour la seconde fois Venise, à cause d'une actualité personnelle qui pouvait aussi bien donner matière à une relation de voyage comme on en trouve partout sur le net qu'à un message entre soi de type familial facebook que je ne pratique pas. Mais ce qui m'aura le plus impressionné a aussi à voir avec ce que nous n'avons pas vu mais surtout avec la catastrophe ci-jointe qui reste programmée.
Venise c'est forcément la mémoire mais de quoi ? Politique, musique, littérature, cinéma, peinture, on n'en finirait pas, mais pour chacun d'entre nous (sauf que je ne parle que pour les privilégiés que nous sommes, les happy few de Stendhal et Casanova), ce ne peut être que personnel (par exemple rencontre ou choc artistique). A chacun ses références et ses souvenirs. Pour moi ce fut par exemple (vu qu'on marche beaucoup à Venise !) les pavés, réellement problématiques, mais tout le monde n'est pas Proust ; ou bien le Harry's Bar (qui n'est qu'un bar américain, moins ancien d'ailleurs que celui de Paris) mais tout lemonde n'est pas Hemingway ; ou bien le café Quadri, où Paul Morand, que j'aime bien (ce qui n'est pas forcément à mon honneur), imaginait Wagner (on a même été voir Tannhaüser à la Fenice !) écoutant sa propre musique. Mais de toutes façons les cafés pour moi c'est plutôt Vienne, et l'Italie c'était plutôt Urbino ou Rome.
Heureusement c'était en hiver, avant le carnaval, et c'est bien seulement à cette saison qu'il faut y aller, au risque de l'acqua alta ou d'une brume pire que dans Turner, les deux pouvant parait-il avoir leur charme, mais ne fut nullement le cas. Le temps était exceptionnel, froid et lumineux, au point qu'on pouvait avoir l'impression d'être en permanence dans un Canaletto. Voir Venise avec ce prisme « artistique » et publicitaire dès l'origine est un danger auquel on peut facilement succomber et c'est parfaitement kitsch, surtout en carte postale ou tableau de chambre d'hôtel, mais cette lumière d'hiver et ces couleurs vénitiennes, aux heures choisies, peut quand même fabriquer de vrais souvenirs.
Venise en hiver. Pas de touristes, en tout cas pas ceux des croisières se déversant sur la place San Marco ou photographiant en meute le Pont des soupirs. Les habitants, ceux qu'on a croisés au petit matin sur les vaporetti (nous n'avons pas pratiqué les gondoles de l'intérieur !), ceux qui y travaillent mais ne peuvent y loger, sauront-ils empècher cela ? Venise est devenue une métaphore de ce qui se joue pour la mémoire de l'occident et la décadence de la planète. Que pouvons-nous faire ?
Venise en hiver. Alors les musées sont fréquentables (magnifique Gougenheim, Academia incontournable malgré le manque de communication), les trop nombreuses église vides mais toujours musicales (On a même marché I Frari sur Monteverdi !) ou fermées, et les quartiers moins connus (hélas souvent délabrés mais pleins de « potentiel » comme ceux de San Giovanni e Paolo, Canareggio ou au nord de l'Arsenal) peuvent être parcourus sans fin. Jusqu'à tomber sur le peit restau local où l'on peut se régaler non de polenta (que j'excècre) ou de pâtes simplement italiennes, mais du fameux foie à la venexiàna (que j'adore) ou des poissons frits qu'on a vus le matin sur le marché du Rialto. Bref on a eu de la chance, on a même fait un pélerinage au Lido (à cause de Visconti et Mahler, mais ce fut une erreur, la plage était déserte), on a dédaigné Murano et ses marchands (de verrerie) de Venise, au profit de l'exquise Torcello et ses extraordinaires mosaïques. C'est sans doute là, sans témoins, que ce fut le plus sublime. Le tout sans smartphone et nonobstant l'Apocalypse annoncée.

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