Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Vignettes mémorielles

Cheng et les âmes mortes

14 Mars 2017 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #philosophie-religion, #Actualité

Par les temps qui courent, l'agitation politique nous sollicite rageusement. Il semble n'en résulter que deux attitudes possibles : Ou bien le « désir » de s'engager, de ne pas rendre les armes, au risque de succomber à la fascination du verbe, de son mensonge et de sa violence, ou bien l'écoeurement qui conduit à se détourner, voire à se réfugier dans une forme de mysticisme ou de littérature.Y a-t-il une troisième voie ? Celle par exemple qu'en refusant de sombrer dans le consumérisme ou le repli familial ou communautaire, semble avoir adoptée une partie de la génération qui nous suit : se couper de tous les media, puisqu'ils n'apportent que confusion, et de toute participation à quelque élection que ce soit, au profit d'actions plus immédiates et locales, « citoyennes » ou non mais « écologique » toujours. Je récuse encore, non ces objectifs fondamentaux, mais cette stratégie de moyen terme, au motif principal, à la lumière d'une histoire qu'ils n'ont pas connue (contrairement à nous, nos parents y ayant été impliqués) que cela peut conduire à des excès irréversibles ou à des catastrophes. Certes, comme des intellectuels (post-)marxistes ou des (ultra-)déçus de la gauche le pensent, cela (comme les guerres jadis), serait peut-être générateur de rebond : Allons dans le mur, seule façon de rebondir ou de ressusciter ! « Schizophrénie » dit l'un, « constructive » dit l'autre. Mais je crois encore que l'Histoire, si elle ne se répète pas, n'en doit pas pour autant être sous-estimée.
J'aurais aimé parlé de cela avec deux amis disparus, car les anciens sont souvent de bon jugement. L'un, récemment décédé, historien et véritable héros de la Résistance, et l'autre, poète et musicien, dont j'ai également parlé ici, étaient tous deux des hommes d'action généreux et cultivés, au jugement concret et sûr (que je n'ai pas forcément suivi !). Empreints également (l'un plutôt laïque, l'autre plutôt non) de religiosité, ils m'avaient parlé de François Cheng, poète et passeur de cultures qui me restent encore largement étrangères. L'un y ajoutait Chestov, l'autre Teilhard de Chardin. C'est pour cela que j'ai été voir le dernier livre de l'Académicien, au titre suranné, De l'âme. Je ne suis pas convaincu par ce refuge mais les vraies questions y sont posées et je le mentionne comme un contrepoint à l'agitation actuelle et un hommage aux amis disparus, parce que c'est là qu'on aimerait avoir avec eux, sans invocation, comme une sorte de dialogue des morts.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article