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Vignettes mémorielles

Le peuple et les partis

15 Mai 2017 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Politique, #Actualité

4=3=2. Quel que soit le résultat des législatives, des tractations qui les précèdent et s'en suivront, des actions politiques qui seront menées et des réactions sociales avant ou après l'été, je pense qu'on peut faire un premier bilan des véritables forces en présence et des stratégies possibles. J'entrevois, à partir des 3 divisions traditionnelles issues de la Révolution, 4 blocs en voie de reconstruction qui évolueront différemment à court terme (pour des raisons essentiellement électorales) et donneront des possibilités ultérieures à la fin du quinquennat (ou avant si « accélération de l'Histoire » ou évènements graves à l'international). Bien sûr il ne peut s'agir que d'une lecture engagée (Je reste « de gauche ») voire idéologique, qui n'attend, génération ou scepticisme obligent, que son démenti. Difficile de mettre de l'ordre dans ses propres idées !
1- L'extrême droite, qui n'est en définitive qu'une partie de la droite, a trois composantes : Celle du fascisme ordinaire et autoritaire qui a toujours été historiquement axé avec violence sur la peur et la haine de l'étranger et de la gauche (autrefois le socio-communisme), celle d'un populisme des mécontents ou des exclus (de la mondialisation ou de l'éducation), celle d'un conservatisme volontiers libéral revendiquant des valeurs religieuses traditionnelles et un système économique acceptant les inégalités. D'où à terme deux évolutions possibles : crispation identitaire et souverainiste minoritaire-protestataire et géographiquement ciblée ou alliance avec la droite tendance Fillon et partage du pouvoir. Ces deux tendances du Front National sont parfaitement identifiables, indépendamment des catégories socio-professionnelles concernées ou d'un culte du chef ou d'un clan.
L'avenir de l'extrême droite en France dépendra donc des choix que feront ses dirigeants (car tant que le FN n'est pas au pouvoir on reste en démocratie) mais surtout de l'évolution réelle des inégalités, c'est-à-dire de la réussite ou non d'une politique de gauche, ainsi que de l'attitude et du poids d'une partie de la droite intégrant déjà le discours du FN. Plusieurs cas de figure pourraient alors permettre à un nouveau parti de dépasser le plafond de verre auquel il se heurte pour l'instant comme le montre le faible report des électeurs de Dupont-Aignan. Dans tous les cas il faut donc combattre vigoureusement cette (extrême) droite.
2- La gauche est peut-être potentiellement majoritaire mais parfaitement divisée : une extrême gauche anticapitaliste anecdotique, une gauche partisane complètement éclatée entre un parti communiste encore implanté localement mais divisé sur son avenir, différents vestiges des partis écologiques, des projets en simple gestation ou des stratégies, voire de simples tactiques électorales de survie, qui sont multiples au parti socialiste, et enfin un mouvement populaire, sorte de national-anarchisme qui se développe avec succès dans un mouvement autour d'une figure charismatique mais narcissique, le mélenchonisme, qui s'oppose à tous ceux qui à gauche restent tentés par une option de centre libéral progressiste débarrassé des ambigüités fatales du quinquennat Hollande.
Toutes ces composantes sont authentiquement de gauche, mais n'ont pas du tout la même analyse du passé (parce que l'histoire du vingtième siècle n'est pas encore complètement digérée) ni de l'avenir, parce que les nouvelles donnes (globalisation, mutation technologique, problématique de l'écologie) ne font pas encore l'objet d'une analyse un peu consensuelle (par exemple sur le travail, le bonheur donc la morale de l'individuel et du social, notre rapport à la nature et à l'humain) ni d'une stratégie minimum (On l'a vu sur les consignes pour le deuxième tour, venant essentiellement d'un calcul politicien).
3- Le centre, qui tout en participant souvent au pouvoir n'a jamais trouvé sa place dans notre cinquième république, est encore un vaste marais dans les recompositions actuelles et cherche, suite aux échec patentés des partis traditionnels et des leaders survivants, une incarnation politique et une modernité dans un mouvement qui se veut populaire, avec un réemploi ou une nouvelle sélection des élites. Ce mouvement, dopé par la campagne et le succès de Macron à la présidentielle, se définit contre les partis, en dehors des notions de droite et de gauche (et donc de centre) et s'organise autour d'un chef charismatique, qui séduit les partisans d'une France ouverte, d'une Europe renouvelée, d'une rassérénération générale s'opposant à la morosité ambiante et contreproductive, tout en affichant des préoccupations sociales et culturelles et en donnant des gages un peu à tout le monde, ce qui peut n'être que de l'habileté (maîtrise des codes, anciens c'est-à-dire historico-politiques, ou modernes c'est-à-dire managériaux), mais aussi une chance à saisir.
De quoi donc séduire dans la situation actuelle (rapport de force et données institutionnelles) une bonne partie de ce qui n'est ni l'extrême gauche ni l'extrême droite et peut-être de « réussir » (au moins à court terme), si le contexte politique (c'est-à-dire électoral, surtout au niveau européen) on économique international (« croissance » et statu quo géopolitique) s'y prête, et si les facteurs personnels, au pouvoir (évolution narcissique ou écoute réelle au sommet, aggionamento sincère ou rancoeur subsistante chez tous les chefs défaits), ou chez les électeurs (renoncement, repli ou solidarité), manipulés (media, réseaux sociaux) ou non.
Il y a donc soit 4 (la réalité : deux extrêmes et un double marais fluctuant et zappeur ) soit 3 (la tradition des partis majoritaires cristallisée dans un centre à l'allemande) soit 2 (le dernier tour des élections à épisodes multiples). Ainsi va notre démocratie et cela donne lieu aux redistributions actuelles. Cette logique veut donc que Macron ait une majorité, soit type « godillots », soit type « 4ème République » et on ne peut que lui souhaiter, par optimisme forcené ou forcé, de réussir partiellement (sur l'Europe, qui n'en restera pas moins comme lui capitaliste, sur l'éducation, où c'est le plus difficile, sur la fin de certains privilèges ou inégalités), soit de façon plus durable (en intégrant la dimension écologique qui n'est pas dans son ADN), ce qui entraînerait une fin de l'extrême droite et une nouvelle redistribution (peut-être en plusieurs temps) du 2=3=4. Le fait que le programme de Macron soit très imprécis est à la fois une une chance et le risque majeur. Tout sera question de dialogue ou ne sera pas.
Car la logique comptable ou simplement sociale ne résout rien et on se retrouvera en effet gros-jean comme devant dans cinq ans, si les problèmes de fond sont restés occultés. Il faut donc s'attaquer à la question du populisme en démocratie, qui est autant de droite que de gauche (c'est qui ou quoi le peuple ?), de la souveraineté (c'est quoi notre identité collective plus ou moins nomade et notre rapport au nouveau monde ?), de notre façon d'être « tout au long de la vie » (c'est quoi notre consommation, notre vivre ensemble ?), du rôle des intellectuels et des corps et relais intermédiaires (surtout si le roi se veut ou se vit philosophe). Et, spécifiquement pour « les gens de gauche », c'est quoi notre rapport au temps, celui de l'histoire et celui de l'action ? Nous y reviendrons dans une prochaine vignette.

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