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Vignettes mémorielles

Le peuple sans partipris

24 Mai 2017 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Politique, #Actualité

On a donc bien pour quelques années un gouvernement au centre. On va aux Législatives tenter de voir (si on a le temps du contact) où penchent les candidats au premier tour, dont le casting nous renvoie à celui des présidentielles, puis où seront aspirés les élus. Les décisions gouvernementales et le comportement personnel du Président et des ministres, ainsi que de certains interlocuteurs des « corps intermédiaires », donneront une idée de la politique réellement menée et de ses chances de réussite, mais la France restera encore pour longtemps coupée en 4-3-2 dans une répartition faisant le choux-gras des analystes comme dans ma dernière vignette.
Pourtant le 2 s'élimine provisoirement car on n'est plus dans la seule problématique anti Le Pen qui a encore fonctionné à la Présidentielle, avec un vote à la clef, et le Front national devenu un parti se divise autant que les autres et recherchera des alliances ou redeviendra extrémiste hors champ comme à l'autre extrémité du spectre politique. Ce qui donne à terme deux blocs extrémistes et souverainistes (même à gauche où cela heurte l'internationalisme initial) et un centre de nulle part, mais encore trop divisé pour imaginer une grande coalition et tellement boursouflé qu'il connaîtra forcément des éclatements. Il faudrait un sens aigu de la subsidiarité (avec beaucoup d'horizontalité) et une réussite européenne beaucoup moins libérale pour faire durer l'espoir, qui est bien (plus que l'égalité) l'attente sociale majoritaire. Dès lors il n'est pas exclu que tout cela ne dégénère en face à face ailleurs qu'au Parlement ou dans les media. La nécessité n'en est que plus grande, qui n'est pas propre au cas français, d'approfondir l'analyse bien au-delà des phénomènes électoraux. Qu'arrivera-t-il et qu'attend-on, inconsciemment ou non, à la base ?
La question principale est celle du peuple et du populisme. Le peuple n'est ni de droite ni de gauche et encore moins du centre. Mais le populisme joue bien dans les trois secteurs : Même sans définition claire, il est facile, pour ne prendre que la situation française, de déceler du populisme dans la propagande ou simplement le discours de l'extrême droite (et de la droite qui ira un jour avec), de la gauche radicale mélenchoniste mais aussi de cette nouvelle version du centre incarnée par Emmanuel Macron. Surtout qu'on flatte bien, malgré les invocations à la démocratie, un désir du chef et un rejet des élites, qui sont des caractéristiques du populisme.
Peu importe en définitive que pour dire le peuple on dise les gens, les défavorisés, les déclassés, les travailleurs, les chômeurs, les à la rue, à la campagne ou de nulle part, jeunes ou vieux , car cela veut souvent dire ceux qui n'ont aucune chance ou vocation d'être au pouvoir. Certes il y a bien dans toutes ces catégories des raisons de se sentir isolé ou ghettoïsé dans un rapport dégradé à l'espace ou au temps, que ce soit au niveau d'une entreprise, d'une communauté ou d'un environnement. Mais il n'y a plus d'espoir d'en sortir. Il ne reste que l'indifférence, l'abstention, le repli identitaire (souvent dans la famille quand elle subsiste),le vote protestataire ou la violence. Le peuple est dans notre représentation (On le voit bien dans la question de la laïcité), mais pas acteur.
Or la démocratie est censée être le pouvoir du peuple. Sauf qu'on confond souvent l'exercice raisonné d'un pouvoir de décider pour le bien général par l'intermédiaire de représentants d'une circonscription (c'est le sens originel du mot démos) ou d'intérêts souvent contradictoires et le pouvoir potentiellement révolutionnaire du populus (laos en grec) pris dans son ensemble. Cela peut donner des
délires et des stratégies différentes pour les partis ou organisations prétendant donner le pouvoir au peuple. Toute l'histoire politique et la littérature sont pleines de débats infinis sur ces questions, sur le degré de compromis avec les élites qu'il s'agit de remplacer et sur les échéances à respecter ou provoquer pour y parvenir. Le dialogue (Construir pueblo, récemment traduit en français) entre la philosophe Chantal Mouffe (une des maîtres à penser de Mélenchon) et Iñigo Errejon (un des deux dirigeants de Podemos en Espagne) donne une bonne idée de la problématique applicable pour la gauche radicale à la situation actuelle. Mais une chose est d'avoir un public, autre chose est d'avoir un électorat, du moins en démocratie. Reste à savoir quel est le maître du temps (et pas seulement des horloges) et surtout, comme disait Gramsci (Pourquoi je hais l'indifférence) : « Les ouvriers de Fiat, des hommes en chair et en os... »

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