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Vignettes mémorielles

Lire Confiteor, relire Boussole (1)

29 Juillet 2017 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Musique, #Littérature

Je rapproche ces deux livres pour quelques thématiques communes emblématiques de la littérature contemporaine. Par exemple : la musique et la Shoah, le lecteur comme écrivain raté, la passion impossible pour l'étrangère thésarde, la maîtrise des langues et le jeu des polyglottes, les catastrophes du cerveau et de la mémoire, la jouissance morbide de l'innommable, les références à Sterne et Rabelais, la fascination des décapités et des martyrs, le judéo-chrétien des athées, la folie des romantiques et des espions, « le paradoxe de Tübingen », le racisme d'un Wagner,la bibiophilie à l'ère informatique, etc.
Mais surtout pour la question de la(re)lecture. Tant pour le catalan Jaume Cabré (
Confiteor) que pour le français (installé à Barcelone !) Mathias Enard (Boussole), lire sans relire n'est que ruine de la conscience. Ruine de la mémoire, de l'histoire, de l'art, des personnes, des objets, des lieux. Lire sans relire ne sert à rien, sauf si c'est court ou poétique ou parfaitement charpenté : Pour les classiques c'est (presque) évident, pour les « romans » (étiquette généralisée) récents, j'attends généralement la parution en poche pour avoir un peu de recul, même si c'est la suite d'une série à succès qui m'avait retenu, comme la fameuse série napolitaine d'Elena Ferrante. C'est pourquoi je me demande ce qui fait que j'ai relu l'un et l'autre de ces pavés (750 et 370 pages) publiés par Actes Sud. Ils sont maintenant disponibles en poche.
Confiteor paru en 2013 avait tout pour m'attirer, saga désordonnée de plusieurs générations, histoire d'une amitié et d'amours en galère, d'une famille et d'un violon mystérieux, avec ce qu'il faut de références culturelles européennes ou antiques, d'aller-retours sans transition d'un siècle et d'un personnage à l'autre, d'énigmes sur fond de littéraure biblique, d'histoire de la Catalogne et d'épigones nazis. Le livre est impossible à résumer, non pas trop long mais vraiment trop cahotique, comme si l'enjeu était seulement de maîtriser une complexité qui, malgré l'astucieuse liste des personnages en fin de volume, n'en finit jamais et se noie finalement dans le magma final d' « Alzheimer le Grand », où sombrent Adrià et son « frère », Sara(h) et les autres. Non sans que, à plusieurs reprises auparavant on nous ait expliqué la teneur du roman. [Par exemple : « Ce fut ce mardi soir à Vallarca, avec une pluie fine et sans parapluie que je compris que je ne suis qu'une exagération. Ou pire : que je ne suis qu'eune erreur, à commencer par le fait de ne pas être né dans la famille où j'aurais dû naître. Et je sais que je ne peux pas déléguer à des dieux ni à mes amis ni à mes lectures le poids de mes pensées et la responsabilité de mes actes »]. Après le feuilletage habituel chez ma libraire préférée, je l'avais donc acquis et survolé dans une première lecture pour le ranger vite fait au rayon des ouvrages à ne recommander qu'aux insomniaques et typiques d'une façon d'écrire et des poncifs de la culpabilité propre à ma génération : Cabré est né en 1945.

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