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Vignettes mémorielles

Le docteur Jivago

20 Septembre 2022 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Histoire, #Littérature

          A la faveur de nouvelles vacances forcées, j’ai lu Le Docteur Jivago d’un seul tenant. Roman difficile à maîtriser vu la multiplicité des personnages, le saute-moutons des chapitres et la difficulté à coordonner plusieurs intrigues possibles. On est tenté d’abandonner au bout de quelques parties, sur la bonne quinzaine, sans sommaire, pour 700 pages de l’édition de poche. Mais assez vite on apprécie la vigueur et la sobriété du style du poète devenu un grand écrivain russe. On est pris par la description réaliste des paysages de la Russie en guerre civile et par les péripéties de la Révolution d’Octobre vécues au travers des pérégrinations des uns et des autres. Et puis on reconstitue, petit à petit, de Moscou à l’Oural, et jusqu’à l’épilogue (situé à l’été 1943, quand le début est de 1903) la vie des principaux protagonistes, en particulier du docteur Iouri Andréivitch Jivago et le destin de ses amours.
          Si j’avais à m’appesantir sur ce livre, je m’attacherais évidemment à reconstituer cette fresque historique
qui se dérobe toujours, en miroir avec les grandes œuvres littéraires ou cinématographiques russes qui continuent à illustrer ce continent toujours perdu, terre et époque fantastiques, encore maintenant si proches et si lointaines. Le cheminement à pied ou en train dans une Sibérie en neige affamée et mutilée m’a fait penser au documentaire sur le Goulag qui avait fait beaucoup de bruite il a quelques années, dans la lignée de L’Archipel du Goulag de Soljenitsyne (1973).
Il paraît
que Le Docteur Jivago a fait l’objet en Russie en 2006 d’une série télévisée dont le réalisateur Alexandre Prochkine n’hésita pas à déclarer à sa diffusion : «A l'époque soviétique, on m'aurait enfermé pour ce film».
          Mais ce qui fait la force de l’oeuvre, ce n’est pas seulement l’inscription dans ce contexte historique
et ce que cela nous dit encore en 2022, c’est bien le personnage de Iouri Jivago, homme finalement ordinaire, pris et repris par l’amour et l’attachement familial, mais soumis au destin qui dépasse toute humanité et donne finalement la force d’être, tout simplement.Ainsi peut-on traverser toutes les tourmentes des guerres et des révolutions, entre le courage et l’abnégation, entre le regret et le dévouement, et mourir obscurément sans avoir réalisé ses ambitions de jeunesse ni ses rêves de poète. Car nous ne savons pas, nous français, faute de connaître la langue et la culture russes, que Pasternak fut avant tout un grand poète. Et du coup nous avons du mal à comprendre que la 17ème partie du livre, Vers de Iouri Jivago (25 poèmes réellement magnifiques), en fasse parie intégrante et en donne incontestablement la clef.
                                          
                                                              

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