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Vignettes mémorielles

Quoi ? Monsieur sait du grec ?

17 Avril 2016 , Rédigé par Jean-Pierre Maillard Publié dans #Langage et Linguistique, #Education, #philosophie-religion

Pour n'entendre rien au grec, comme disait Montaigne (II,4, A demain les affaires), je ne l'en ai pas moins enseigné...Au point même d'avoir jadis prétendu mettre au point, avec un ami, une méthode d'apprentissage de cette langue « dont je n'ai quasi point du tout d'intelligence » (I,25). Cela était parti de l'idée, qu'on retrouve dans ce chapitre De l'institution des enfants, qu'on apprend bien non pas forcément ce que l'on sait déjà mais en jouant (« nous pelotions nos déclinaisons ») et par une sorte d'intuition régressive, très différente du processus déductif ou analytique. Nous partions du principe qu'à l'époque, au moins dans une certaine classe (religion, culture) on connaissait par cœur des pans entiers du Nouveau Testament (récité à l'église) et qu'on pouvait bâtir là-dessus tout un apprentissage, en partant, sacrilège !, de la traduction et non du texte original. On a même essayé quelque chose d'analogue avec le Daphnis et Chloé de Longus, parce que c'était moins « classique » et peut-être à cause de Ravel et au nom de la « transdisciplinarité », mais ça n'a rien donné...non plus. Il m'en est resté l'idée qu'on aurait dû, au moins pour moi, faire un pont à l'époque entre les enseignements religieux et laïques, et ne pas me laisser découvrir seul, et sans doute trop tard, que le latin et le grec avaient été utilisés pendant des siècles et en particulier au moyen-âge. Il est vrai qu'une mienne apparentée, professeur de grec également, a fait mieux encore, en ne découvrant qu'à la fin de ses études classiques, ce qu'était la pédérastie : on pouvait donc apprendre et même enseigner le grec sans le savoir ! Finalement, toujours comme Montaigne, et c'est la même chose pour le latin, j'en entends assez pour apprécier ou déprécier les traductions. Mais, malgré une première initiation estudiantine au voyage, qui sur d'autres plans fut pour moi d'importance, il m'a fallu attendre les années 70 et la révélation de Lacarrière (fabuleux Eté grec) pour commencer à y comprendre quelque chose. Peut-être est-ce parce qu'entre-temps on était (et moi avec) passé du classique au moderne. Ce qui est d'ailleurs paradoxalement aussi ringard qu'autrefois vouloir faire du grec pour être meilleur en médecine. Je reviendrai sur cette question en liaison avec celle du latin, en écho aux simpiternelles polémiques sur la place des langues (vivantes ou mortes) dans le système éducatif. « Quoi ? Monsieur sait du grec ? »
Voir Repères bio[B]

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